Xi Jinping et l’affrontement entre la Chine et les Etats-Unis

Depuis plusieurs semaines, un bras de fer économicopolitique sur fond de guerre commerciale règne entre les Etats-Unis et la République Populaire de Chine, entre Donald Trump et XI Jinping. Alors que dans le cadre du G20 à Osaka les deux dirigeants ont convenu d’une trêve avant une rencontre samedi[1], il semble utile de revenir sur la politique offensive menée par la Chine sur le reste du monde.

Qui est Xi Jinping ?

XI Jinping est depuis le 15 novembre 2012 le secrétaire général du Parti Communiste Chinois, le Président de la Commission militaire centrale du PCC et depuis le 15 mars 2013 le Président de la République Populaire de Chine. Né en 1953 il est ce qu’on appelle un « Prince Rouge », c’est-à-dire l’enfant d’un haut dignitaire du PCC et compagnon de lutte de Mao Zedong. A la disgrâce de son père, il sera envoyé en rééducation à la campagne pendant 7 ans ; il tire de cette période un statut populaire dont il n’hésite pas à user.

Xi Jinping, président de la République Populaire de Chine – © AFP

C’est le premier dirigeant chinois depuis Deng Xiaoping dont le nom est inscrit dans la Charte du PCC et le premier depuis Mao Zedong dont ce soit le cas durant son vivant[2]. Il dispose des pleins pouvoirs, est désigné « noyau dur » du PCC (un terme honorifique détenu jusqu’alors par Mao Zedong et Deng Xiaoping) et a réussi à faire sauter le verrou interdisant un cumul de plus de deux mandats présidentiels.

Il s’agit également d’un dirigeant autoritaire. En effet, il mène une politique que l’on qualifierait en France d’exemplarité politique visant à lutter contre la corruption au sein du PCC, à une limitation des salaires, etc. Cette politique sert également à Xi Jinping d’écarter des opposants et d’affirmer son autorité au sein des instances du Parti. Si l’on revient beaucoup sur l’anecdote de Winnie l’ourson, que Xi Jinping a fait interdire à la suite d’une moquerie des internautes sur une possible ressemblance entre leurs deux physiques[3], cela montre néanmoins l’importance qu’il donne à son image. Xi Jinping met en effet à nouveau en place une politique de « culture du chef », de « culte de la personnalité » afin de consolider ses appuis dans la population chinoise.

En bref, il ne s’agit pas seulement de l’homme fort du Parti Communiste Chinois, mais bien d’un dirigeant politique de premier plan décidé à faire passer la Chine au-delà d’un troisième rang au classement des grandes puissances mondiales.

La Chine de Xi Jinping

Xi Jinping a un plan bien défini pour faire de la Chine la première puissance mondiale. Il s’appuie sur une puissance démographique, économique, diplomatique et militaire incroyable. Fort d’1,4 milliard d’habitants, la Chine est en effet le pays le plus peuplé au monde et si une grande partie du peuple chinois est en situation de pauvreté, l’indice du PIB chinois ne cesse d’augmenter ces dernières années. Le taux de croissance est d’ailleurs très élevé et se situe à 6,9% en 2018, bien loin devant les Etats-Unis à 2,3%.

L’arrivée de la Chine dans l’économie de marché capitaliste durant les années 1990 a eu un impact très violent dans cette société qui n’avait déjà plus rien à voir avec la Chine maoïste. Aujourd’hui, après les difficultés sociales des années 2000, on observe une hausse du niveau de vie et avec Xi Jinping un raidissement politique et économique de la société chinoise. Il met également en place le « rêve chinois », la volonté de faire passer la Chine devant les Etats-Unis en tant que première puissance mondiale.

Le « rêve chinois » se construit non pas sur une vision individualiste de recommencement et de prospérité à la manière américaine, mais bien sur la vision collective d’une Chine forte prenant sa revanche sur les occidentaux qui ont profité d’elle durant des années et des années. Il s’agit de la promotion d’une vision nationaliste ayant pour but de cimenter la société chinoise et son adhésion au Parti dans le cadre de l’affrontement avec les puissances occidentales[4].

Dans le cadre donc de la renaissance d’une Chine forte, Xi Jinping lance un outil économique et diplomatique fort en 2015 : les « nouvelles routes de la soie ». Il s’agit d’un réseau économique et diplomatique visant à intensifier les relations et la dépendance, des pays qu’il traverse avec la Chine. Sont ainsi investis dans le projet plus de 1000 milliards de dollars dans 68 pays asiatiques, européens et africains ; dollars qui auront pour but de développer des infrastructures portuaires, maritimes, routières, ferroviaires[5].

Infographie sur le projet des « nouvelles routes de la soie » – © Courrier International

Dans la même continuité géopolitique, la Chine investit énormément en Afrique. D’un point de vue pragmatique, la Chine est une des dernières entités acceptant de prêter, parfois même sous forme d’aide gratuite ou de prêts sans intérêts, à certains pays africains en raison d’une instabilité politique et d’une fragilité économique forte. Si le pays en question ne peut d’ailleurs rembourser, les contrats acceptent le remboursement en nature du prêt. La Chine en profite pour se positionner comme le premier partenaire économique et politique des pays africains et ainsi étendre son influence à des pays avec qui elle est historiquement liée depuis la conférence de Bandung en 1955 sur le Tiers-Monde[6].

La Chine a d’ailleurs installé sa première base militaire extérieure à Djibouti en août 2018, Djibouti qui est un des pays abritant le plus de bases militaires au monde (française, américaine, anglaise, etc. et maintenant chinoise). C’est là un autre signe de la politique extérieure de la Chine de Xi Jinping, c’est la manifestation ici d’un début de politique impérialiste (bien que celui-ci s’en défende en affirmant ne pas vouloir commettre les erreurs des pays occidentaux) ainsi que l’affirmation aux autres puissances mondiales qu’elles ne sont plus les seules en Afrique, de même que l’affrontement politique et économique entre la Chine et les Etats-Unis pour la place de première puissance mondiale est bien entamé[7].

Les derniers affrontements avec les Etats-Unis

La contre-offensive économique américaine a commencé il y a quelques mois. Elle s’est basée principalement sur ce qui a été appelé le « ban » de Huawei. En effet, l’entreprise de téléphonie chinoise est une des premières entreprises mondiales de ce domaine et se fournissait en partie aux Etats-Unis. Depuis le 20 mai, l’entreprise numéro un sur le marché chinois était donc sous le coup d’un embargo qui empêchait toute entreprise américaine de collaborer avec Huawei sous peine de sanction économique. Les pertes économiques pour la marque sont estimées à 30 milliards de dollars sur deux ans[8].

Suite à une rencontre en marge du sommet du G20 à Tokyo entre Donald Trump et Xi Jinping ainsi que certains de leurs conseillers, les deux dirigeants sont parvenus à un compromis levant une partie des sanctions économiques prises par Washington. Si Huawei retrouve l’accès au marché américain elle reste néanmoins pour le moment sur la liste noire des entreprises tenues par le ministère du Commerce. Pour autant, Donald Trump a également annoncé ajourner la hausse de 300 milliards de taxes sur les produits importés par la Chine. On voit donc bien là que le gouvernement américain a dû reculer face à la Chine et au fait que de nombreux alliés ne les ont pas suivis.

Si Donald Trump n’a pas pu acter la réussite de son dernier affrontement avec Pékin, c’est pour plusieurs raisons. La première d’entre-elle, qui est également une des raisons pour laquelle les Etats-Unis affrontent la Chine au-delà de la conservation du leadership mondial, c’est la dette. En effet une énorme partie de la dette américaine est détenue par des capitaux chinois, à hauteur de 17%, soit 1120 milliards de dollars environ. Pékin ne s’est néanmoins pas servie de l’arme qu’aurait pu être la liquidation de cette dette[9]. Ensuite, force est de voir que la puissance diplomatique de la Chine a mis en échec la diplomatie américaine. Avec les investissements chinois en Europe, particulièrement en Grèce mais aussi en France, le marché européen ne s’est pas fermé au géant téléphonique qu’est Huawei. Si certains pays ont réfléchi à interdire l’entreprise sur le modèle des Etats-Unis, cela n’a pas emporté l’adhésion de la majorité des pays européens. La France, pourtant très souvent alignée sur les Etats-Unis ne s’est ainsi pas prononcé en faveur de l’interdiction et n’a pas suivi les positions de son allié[10].

Même si les Etats-Unis ont argué que Huawei profitait du lancement de la téléphonie 5G pour faire de l’espionnage militaire, les alliés des Etats-Unis n’ont pas suivi son mouvement, ce qui est un échec manifeste de la diplomatie américaine. En revanche, dans de nombreux pays, la participation de Huawei au lancement de la 5G et sa participation aux « cœurs de réseaux » est compromise au nom du principe de précaution ; la firme ne pouvant prouver son indépendance du PCC. La méfiance est ainsi de mise face à la Chine et ses entreprises dans les pays occidentaux ; si la diplomatie chinoise est efficace face à la diplomatie américaine, l’issue de leur affrontement est loin d’être déterminé. Reste qu’en France par exemple, la représentation de la Chine et de ses actions par les médias est au mieux teinté de scepticisme au pire d’aversion comme le montrent les sources utilisées dans cet article.

L’affrontement en Chine et Etats-Unis passe donc par des phases de guerre économique et d’autres de détente. On oublie cependant de parler d’une autre grande puissance mondiale qui ne va pas laisser se dérouler cet affrontement sans lui, la Russie.


[1] AFP. Sommet du G20 : une rencontre décisive entre Donald Trump et XI Jinping samedi. 20 Minutes. 2019.

[2] Anaïs Cherif. Chine : XI Jinping a désormais le même statut de Mao Zedong. La Tribune. 2017.

[3] Valentin Watrin. Winnie l’Ourson à nouveau censuré en Chine pour sa ressemblance avec Xi Jinping. 2018.

[4] Alice Béja. Après le rêve américain, le rêve chinois ? Esprit. 2014.

[5] AFP. Que sont les nouvelles routes de la soie, le projet pharaonique de la Chine ? Europe 1. 2019.

[6] Que fait la Chine en Afrique ? (Mappemonde ep.2). Le Monde. 2019.

[7] Pourquoi Djibouti abrite la première base militaire étrangère de la Chine ? Réseau International. 2018.

[8] Yéléna Uzan. Les Etats-Unis lèvent en partie les sanctions imposées à Huawei. BDM. 2019.

[9] Marie de Vergès. Pour la Chine, l’arme de la dette américaine reste difficile à activer. Le Monde. 2019.

[10] Pierre Manière. Huawei, le révélateur d’une Europe « en ordre dispersé ». La Tribune. 2019.

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