Elections européennes : à quelques jours du scrutin, les citoyens entre défis du passé et enjeux de l’avenir

Entre les 23 et 26 mai prochains, les européens seront appelés aux urnes pour renouveler la composition de leur Parlement. Ordinairement boudé par les citoyens de l’Union, ce scrutin reflète cependant en grande partie les dynamiques sociales et politiques de chaque pays.

Plusieurs particularités caractérisent ces élections : ainsi, plutôt favorable aux partis écologistes, le Parlement européen se retrouve néanmoins face à une présence accrue de députés de partis extrêmes et eurosceptiques. Cette année, les élections européennes vont devoir répondre à encore davantage d’enjeux en France et dans les autres pays. Gilets jaunes, Brexit, abstention record ou montée des populismes, l’issue du scrutin semble bien partie pour être une nouvelle fois le catalyseur des thèmes qui animent les différents Etats-membres. Mais comment prendre pleinement conscience des enjeux européens lorsque le rôle et le fonctionnement du Parlement paraissent si complexes et méconnus pour bon nombre d’électeurs ? Quels sont les principaux enjeux des élections européennes dont la campagne a mis tant de temps à démarrer ? A quelques jours du scrutin, Le Claque vous éclaire sur la place du Parlement européen et sur les principaux enjeux du scrutin à venir. 

Un rôle de plus en plus important pour un organe qui reste mal connu

Ce n’est que progressivement que le Parlement européen a acquis l’étendue de ses compétences actuelles. Si son rôle et celui de ses députés est souvent perçu comme opaque pour beaucoup de citoyens, il est pourtant un acteur législatif et budgétaire très actif dans la vie de ces derniers (près de 1000 mesures législatives ont été votées entre 2014 et 2019). Les élections de 1979 marquent un tournant dans l’histoire du Parlement car elles sont les premières au suffrage universel direct. Simone Weil est d’ailleurs élue Présidente du Parlement cette même année, première femme à occuper ce poste. C’est également à partir des années 1970-1980 que le Parlement se détache de son rôle purement consultatif pour acquérir plus de compétences. Pour rappel, le Parlement possède trois formes de pouvoir :

  • Législatif avec notamment la discussion, l’amendement et le vote des textes proposés par la Commission.
  • De contrôle : il choisit la composition et le président de la Commission et peut la forcer à démissionner en votant une motion de censure. Il peut aussi poser des questions écrites ou orales au Conseil et à la Commission, recevoir des pétitions émanant des citoyens européens et constituer des commissions d’enquête. Il dispose d’un droit d’accès à la Cour de Justice de l’UE.
  •  Budgétaire avec le vote du budget notamment.

Un mode de scrutin particulier

Tous les cinq ans, les élections européennes permettent à chaque pays membre d’élire ses représentants. Sur les 751 députés, la France en nominera 74 (79 normalement en raison de la redistribution des sièges des députés britanniques). Une liste doit remporter au moins 5% des voix pour pouvoir faire entrer un candidat au Parlement. Les députés sont élus au scrutin proportionnel plurinominal de sorte à favoriser la représentativité et l’exercice démocratique. Le scrutin se fera cette année (comme de 1979 à 1999) dans le cadre d’une circonscription nationale unique pour accroître l’intérêt des Français pour ces élections et une meilleure compréhension. Jennifer Marchand, Maitre de conférences en droit public à l’Université Clermont Auvergne qui a accepté de nous éclairer sur ces prochaines élections européennes précise en revanche que la circonscription nationale unique peut désagréger le lien de proximité entre les députés européens et leurs électeurs. 

Euractiv.fr

Des élections qui ne passionnent pas

Le manque d’intérêt des français et des européens pour ces élections parait d’abord être lié à l’aspect trop technique et lointain du Parlement et des institutions de l’UE en général. De plus, beaucoup d’électeurs considèrent que les élections européennes ne permettent pas un véritable renouvellement des équilibres politiques. Outre ces deux aspects, la principale cause de ce désintérêt semble être l’absence de thèmes européens dans les débats politiques. En effet, les débats s’avèrent être plus souvent une consultation sur les politiques intérieures qu’une véritable réflexion sur les politiques européennes. Se pose ainsi la question de la place réservée aux initiatives citoyennes européennes et à leur promotion. En outre, l’aspect économique qui a prévalu depuis la création de la CEE n’a pas encouragé le développement d’une culture commune ni une participation active des citoyens. Jennifer Marchand pousse encore davantage la réflexion sur la dimension sociale de l’Europe. Cette dernière pointe notamment l’importance de prendre en compte les questions liées à l’évolution de l’Europe sociale après le développement d’une Europe de la concurrence.

Face à ces difficultés chroniques, la principale conséquence, l’abstention est elle aussi devenue une cliente fidèle du suffrage. La participation de 1979 (près de 62%) n’a pas résisté au désintérêt des citoyens, ne cessant de baisser jusqu’en 2014 (57% d’abstention en moyenne en Europe). Bien que les taux d’abstention ne soient pas uniformes au sein de l’Union Européenne, force est de constater la baisse du nombre d’électeurs qui se rendent à l’isoloir, notamment en Europe de l’est. L’absence de thèmes européens majeurs et le désintérêt croissant des citoyens de l’Union apparaissent être des enjeux constants. Pour autant, le scrutin à venir devra composer avec de nouveaux aspects qui tirent parfois leur force des difficultés traditionnelles.

Une élection entre difficultés chroniques et enjeux inédits

Plusieurs autres aspects, apparus au fondement du Parlement européen, apparaissent indissociables à son portrait complet. De manière traditionnelle, il a souvent été un marchepied favorable au vote écologiste, notamment depuis les années 1990. Mais face au constat environnemental alarmant, le Parlement devra ouvrir le débat sur les futures ambitions européennes en matière de transition écologique et de protection du climat. Autre coutume et non des moindres, le Parlement européen est un vivier de combinaisons politiques. Le fonctionnement particulier de ce dernier repose en effet sur la constitution d’alliances et de groupes politiques (PPE, S&D, Verts…) qui favorisent les alliances et les regroupement. Ce fonctionnement, parfois très complexe est aussi une possibilité pour les « petits partis » comme les partis écologistes d’exister davantage en s’alliant. Ces alliances politiques mouvementent les scrutins et la composition du Parlement à chaque élection mais ne sous-estimons pas celles de 2019 où le RN, la liste du gouvernements et les petits partis, devront trouver une place et se fondre au mieux au sein des différents groupes.

Si certaines questions semblent revenir tous les cinq ans de manière chronique, certains enjeux semblent marquer plus particulièrement les prochaines élections. C’est le cas notamment du Brexit et la montée des parties eurosceptiques. La sortie du Royaume-Uni de l’UE raisonne dans les esprits depuis des mois et intensifie la sensation de complexité des processus européens. Pire encore, cette situation apparaît comme un espoir pour ceux qui considèrent la sortie de l’Union comme la seule alternative aux problèmes nationaux. L’extrême-droite qui opéra une première percée aux élections de 1984 (le parti de Jean-Marie Le Pen réalise un score de 10%) a ouvert la voie au vote contestataire et à l’euroscepticisme qui connaissent un développement discontinu jusqu’aux élections de 2014. Déjà aguerris mais tirant leur épingle du jeu britannique, les partis eurosceptiques et extrémistes profitent d’une forte visibilité. Bien que les forces hostiles à l’Union soient encore loin d’une majorité, les partis traditionnels du Parlement sont bouleversés par ceux qui font de la souveraineté nationale et de l’immigration, des thèmes majeurs. Ainsi, les scores des partis du Rassemblement national de Marine Le Pen en France, de La Ligue de Matteo Salvini et du parti du Brexit de l’europhobe Nigel Farage au Royaume-Uni seront particulièrement scrutés.

A l’ouest, du nouveau !

Si des enjeux particuliers semblent planer autour du scrutin cette année, l’hexagone n’est pas en reste quant à son lot de particularités. Tout d’abord, le détachement vis-à-vis des élections semble avoir pris de l’avance cette année. La campagne des européennes, démarrée tardivement continue de tituber. L’incendie de Notre-Dame a sans doute pesé lourd sur les prospections qui commençaient à peine. Il en est de même pour le mouvement des gilets jaunes qui a fortement monopolisé le débat politique ces six derniers mois avec en lien, un Grand débat national qui a ramené la réflexion à l’échelle du pays, occultant les enjeux européens à venir.

Bien que l’environnement, l’abstention et les estimations favorables au Rassemblement National représentent les principaux enjeux de la campagne, d’autres configurations caractérisent les débats. Pour de nombreux français, ces élections prendront la dimension d’élections nationales car elles sont les premières depuis 2017. Sorte de « mid-term » à la française pour certains, ces élections semblent bien représenter un « vote sanction » ou au moins une réponse au bilan d’Emmanuel Macron. Et ces élections du « stop ou encore » irritent d’ailleurs les têtes de listes qui dénoncent une course entre la liste d’un RN qui surfe sur la vague et celle de Nathalie Loiseau. Pour les autres candidats, la campagne se résume à un choix « entre la peste et le choléra » et entre deux partis qui monopolisent le débat au détriment des enjeux européens. Enfin, la présence de listes gilets jaunes et le nombre record de listes (34 au total) apportent une dimension plus complexe encore pour les électeurs du pays. 

Organe primordial du débat européen et souvent l’échelle la plus adéquate pour légiférer, il semble nécessaire de ne pas négliger la composition du Parlement européen. Sortir des tergiversations purement nationales pour proposer des thèmes et débats européens parait être une des solutions les plus pertinente à ce problème.

Cette année, les européens devront voter dans un contexte particulier à l’heure du développement des extrêmes et où l’environnement devient un thème majeur. L’information est un autre élément central de ces élections et les politiques tout comme les électeurs doivent rester vigilants face aux fakenews. Notons que le « Panel du Parlement européen pour l’avenir de la science et de la technologie » a lancé le pôle Science-Média européen l’an dernier pour réuinir journalistes, scientifiques et décideurs politiques afin fournir aux citoyens européens des informations crédibles provenant de sources vérifiées.

Avec un record de trente-quatre listes et après six mois de mobilisations des gilets jaunes, les français eux-aussi s’attendent à un scrutin révélateur. Plus que jamais, les citoyens de l’Union vont devoir dépasser leurs intérêts nationaux et se questionner, dans un contexte marqué par l’incertitude du Brexit, sur la place de l’Europe dans leur vie avant de lui prouver ou non leur attachement. En attendant, rendez-vous le 26 mai.

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