Notre-Dame et la course à la postérité

Alors que la France des associations, des classes moyennes et des médias se déchaînent contre les millions promis à la reconstruction de Notre-Dame, on oublie pourtant les origines des élans de générosité au patrimoine parmi les milliardaires et autres riches familles. Histoire collective ou récit personnel : penchons-nous sur le parcours des figures qui ont lancé les enchères de la générosité au patrimoine.

Les Médicis : marchands, mécènes et dirigeants

Connaissez-vous une certaine famille Médicis ? Oui, probablement. Famille de riches marchands de l’Italie du XVe siècle, banquiers des cités, et surtout grands mécènes artistiques, ils ont largement contribué au rayonnement de Florence, entre deux magouilles visant à asseoir leur pouvoir à Florence, à Rome, en France et en Europe plus largement. Ainsi quelques têtes couronnées se sont vues mariées à cette puissante famille qui à défaut de sang noble, avait de l’argent. La suite de l’histoire, les voyant confirmés comme Grands-ducs, Pape ou régent(e) de France, leur a donné raison. Cette stratégie, cette collection effrénée qu’Anne de Médicis, dernière de la lignée, lègue à la ville de Florence leur aura conféré un récit familial historique : les Médicis ont créé la beauté de Florence.

Mais quel rapport avec Notre-Dame me direz-vous. Une famille à la tête d’un empire financier qui voue sa richesse au mécénat artistique, ça ne vous rappelle pas un nom ? Pinault ? Arnault ? Cela fait exactement une semaine que les critiques pleuvent à l’encontre des deux familles milliardaires qui ont annoncé, les premiers, des dons faramineux à la reconstruction de la cathédrale ; et le parallèle avec les Medicis se fait facilement.

La guerre des clans pour la postérité

C’est une véritable bataille qui se livre depuis des années entre les familles Arnault et Pinault. La rivalité commerciale entre les groupes Kering de François Pinault et LVMH de Bernard Arnault s’est étendue peu à peu à une rivalité immobilière, architecturale et artistique. Ainsi, tandis qu’Arnault collectionne les hôtels particuliers rive gauche, Pinault lui s’installe rive droite. Tous les deux collectionneurs d’art, ils possèdent parmi les plus belles (et les plus grandes) collections privées au monde. La chronologie des annonces de dons à la suite de l’incendie de Notre-Dame est assez parlante. Le lundi soir, la famille Pinault annonçait 100 millions de dons ; le lendemain matin, la famille Arnault en annonçait 200.

Il est évident que l’aspect financier est une explication à cette frénésie de collectionneur ; le cadre législatif français prévoit une déduction d’impôt de 66% du don. Pour l’Etat, c’est une façon de prendre en charge indirectement certains domaines parfois mis de côté. Pourtant François Pinault a annoncé renoncer à cet avantage fiscal sur les 100 millions qu’il a promis pour la cathédrale. Au-delà de l’aspect financier, cette frénésie relève d’une autre nécessité, celle de construire une histoire à ces fortunes, une sorte de légitimité, un patrimoine familial qui les ancre dans l’histoire nationale. Les Médicis embellirent Florence ; les Pinault et Arnault embellirent Paris.

Le mécénat médiatisé, un mécénat évidement critiqué ?

Quelle différence y a-t-il pour un Bernard Arnault entre verser ces millions pour la rénovation de plusieurs hôtels particuliers ou celle Notre-Dame ? Presqu’aucune. La démarche est dans la continuité de la mission qu’il s’est fixée de graver, littéralement, son nom dans la pierre, voir de s’acheter une place au Paradis dans le cas de Notre-Dame. La différence en revanche, c’est la médiatisation, le principe même du mécénat étant la discrétion. Il n’y a pas de différence de montant entre sa collection d’oeuvres, qui permet quand même à quantité d’artistes contemporain de continuer à produire, et la donation à Notre-Dame. Critiquer la démarche de ces deux hommes précisément, c’est déjà mal comprendre leur soif d’éternité, leur besoin de contribuer à bâtir leur histoire. Car s’ils donnent parfois pour la misère humaine, celle-ci est infinie et nettement moins historique.

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