Migrants et réfugiés : premières victimes des préjugés

Le 15 mars dernier, un extrémiste de droite a pénétré dans deux mosquées néo-zélandaises. Webcam reliée aux réseaux sociaux, ce dernier a ouvert le feu et tué cinquante personnes. Son principal mobile ? La « théorie du grand remplacement » selon laquelle les populations africaines remplaceraient peu à peu les européens. Vous l’aurez compris, les préjugés peuvent être le vecteur de haine et d’un certain malaise social. Les réfugiés sont bien souvent les plus touchés. Le conflit syrien en cours depuis 2011 a engendré de nombreux déplacements de populations, vers l’Europe mais surtout vers des territoires voisins à la zone de conflit. Toutefois, ces mobilités ont été à l’origine d’idées reçues variées. Alors que la France est un des pays européens les moins touchés par l’immigration et que bon nombre de flux se font entre pays frontaliers, cet article se veut une analyse des différents clichés qui touches les réfugiés ainsi que leurs impacts.

Un préjugé est « une opinion adoptée sans examen, souvent imposée par le milieu ou l’éducation d’une personne ». Cette définition illustre bien le cas de multiples personnes en France, en Europe ou dans le monde qui émettent un jugement sans s’informer objectivement, influencées par leur entourage, leur milieu social ou le gouvernement de leur pays. Bien que toute généralité soit à proscrire, la Hongrie représente un exemple frappant influencée par le gouvernement anti-migrants de Viktor Orban.

Nombreux et toujours plus relayés par les réseaux sociaux ou partis d’extrême-droite, quels sont les principaux préjugés qui touchent les migrants et les réfugiés ?

« La France et l’Europe sont envahies par les migrants », voici surement la principale idée reçue. Première affirmation fausse. Bien qu’on puisse noter un pic de demandes d’asile en 2015, les chiffres sont depuis en décroissance. Les migrants partent souvent pour des pays voisins ou bien le même continent que celui d’où ils viennent. De plus, à l’échelle de la population européenne, le nombre de migrants arrivés par la Méditerranée en 2018 s’élève, selon le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés à 122 000 en 2018 pour une population européenne de 511 millions d’habitants. Autant dire, c’est très peu. A la question de l’Europe, se greffe souvent celle de la France. Les chiffres sont difficiles à estimer dépendant des demandes d’asiles et des renvois plus ou moins importants de personnes non régularisées. En tous les cas, il existe un fort décalage entre l’inflation du discours sur l’immigration et la réalité du phénomène migratoire ; c’est-à-dire que le discours s’est développé au moment où les migrations ont baissé. En France, les immigrés, légaux et illégaux représentent 9 à 11% de la population (FranceInfo) ce qui appuie l’idée que les migrants en situations irrégulière sont très peu. Les sondages les plus récents montrent pourtant que les français voient plutôt ce chiffre autour de 25%.

Le deuxième cliché le plus courant est aussi celui qui est le plus relayé par les partis anti-immigration (notamment sur les réseaux sociaux) : « les étrangers viennent en France pour toucher des allocations ». La caisse d’allocations familiales est souvent le sujet de fantasmes délirants. Qui n’a jamais vu passer sur Facebook des messages dénonçant des allocations dont bénéficieraient les migrants ? Soyons clairs, les personnes ayant demandé l’asile touchent en moyenne 6.80€ par jour (Allocation Temporaire d’Attente) (ce montant étant progressif selon le nombre de personne d’une même famille) soit à peine plus de 200€ par mois. L’idée qu’un réfugié toucherait plus qu’un citoyen français est donc complètement fausse. Pas de « 1000 euros par mois », de RSA ou d’APL pour les migrants qui n’y ont d’ailleurs pas droit s’ils ne sont pas régularisés.

Et les étrangers piqueraient-ils le travail des autres ? C’est une question paradoxale lorsque l’on sait d’une part que notre économie s’est écrite en partie grâce à l’arrivée de flux d’immigrés, pendant les Trente Glorieuses mais aussi qu’actuellement, le droit concernant les travailleurs immigrés se durci au point qu’il devient difficile d’affirmer aujourd’hui qu’un immigré puisse « voler » le travail des Français. Le travail renvoie souvent à l’économie, autre enjeu qui parait pour beaucoup être affecté par les migrants. Pourtant, étudier cette question permet de se rendre compte qu’il est Impossible d’établir un lien entre immigration et chômage. A l’inverse, les mobilités vers la France, à long termes, sont plutôt bénéfiques, les aides sociales étant moins importantes que l’apport économique d’un demandeur d’asile exhaussé. L’économie française gagnerait donc à l’immigration, l’urgence étant plutôt d’investir pour mieux accueillir les réfugiés et les intégrer rapidement au marché du travail.

Exemple d’un montage relayant de fausses affirmations au nom du ministère de l’intérieur.

Un autre préjugé sur les migrants concerne l’hygiène. Ainsi, les migrants apporteraient des maladies. Jacques Toubon, défenseur des droits alertent sur les préjugés sanitaires pouvant mener à une négation de nos engagements nationaux et internationaux. Les conditions d’hygiènes sont certes mauvaises dans les camps de migrants existants mais sont surtout la conséquence d’une mauvaise appréhension du problème par l’Etat et les a priori restent nombreux et trompeurs.

Dernier cliché de notre liste mais pas des moindres, les migrants sont souvent vus comme un vecteur de violence et d’insécurité. Migrants et insécurité sont souvent des termes liés dans la tête des français et des européens. Les accusations sont nombreuses pour ceux qui jouent souvent un rôle de bouc émissaire.

Sondage Ifop et Fondation Jean Jaurès (2017)

Mais si les clichés sur les migrants sont nombreux, ils sont souvent la conséquence d’un manque d’information. C’est ainsi que nous pouvons souligner le rôle majeur des médias. D’autre part, la volonté de certains partis d’instaurer une image négative des étrangers dans la société représente la principale cause du développement des préjugés. En France, le Rassemblement National emboîte le pas à bon nombre de partis identitaires et extrémistes et apparaît être le moteur de « fakenews ». Marine Le Pen, dans la lignée de son père, à fait de la lutte contre l’immigration un fond de commerce diabolisant en permanence les immigrés. Inutile de rappeler que cette position n’est qu’encouragée par la montée des extrémismes en Europe mais aussi dans le monde (Bolsonaro au Brésil ou Trump aux Etats-Unis).

Sans généralités une fois de plus, certains médias usent d’un vocabulaire déshumanisant et relaient parfois des informations non vérifiées. En 2015, le directeur des droits de l’homme des Nations Unies a demandé aux médias britanniques et aux instances de réglementation d’empêcher l’incitation à la haine des tabloïds, après que des éditorialistes des journaux The Sun et The Daily Mail ont qualifié les réfugiés de « cafards » et de « fléau ». Face à ces phénomènes, de plus en plus de médias se lancent dans le factchecking pour adopter une approche plus respectueuse et engagée en faveur des réfugiés et de leur représentation médiatique. En lien avec la question des médias, il est important de souligner que l’image est une notion primordiale. Ainsi, le flux de photographies représentants de fausses réalités alimentent les préjugés et doivent par conséquent susciter les plus grandes vigilances.

Si en Europe et particulièrement en France, les préjugés sur les migrants sont rependus, cela répond souvent à un phénomène de remise en cause de l’autre dans sa différence culturelle ou parfois religieuse. La différence fait peur car elle remet en cause notre propre identité. Véhiculées par certains médias ou certains partis, les clichés sur les migrants ont aussi étaient mis à mal par l’augmentation des attentats touchant l’Europe depuis 2015 laissant naître pour beaucoup des raccourcis entre immigration et terrorisme. Et que dire des répercutions psychologiques sur les migrants eux-mêmes. La santé physique est parfois mise sur le devant de la scène au dépend de la santé mentale des exilés qui reste pourtant un enjeu majeur de santé publique.

La santé mentale des personnes exilées, un enjeu de santé publique.
https://leclaque.com/2018/09/17/la-sante-mentale-des-personnes-exilees-un-enjeu-de-sante-publique/

A l’heure où les fakenews vivent au rythme des réseaux sociaux et face aux préjugés, l’information et l’éducation apparaissent être les principaux remparts contre le développement d’idées préconçues et de réalités souvent instrumentalisées par des partis anti-migrants. Le rôle de chacun est primordial pour une réflexion objective autour d’un sujet majeur de notre société alors que 61% des français disent être mal informés sur l’immigration. (France Info)

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s