8 mars, musique latina et féminisme

Entre deux articles, nous nous sommes posé la question : que faire pour le 8 mars, journée des droits des femmes ? Compte tenu de notre penchant à parler de musique, et ne pouvant proposer un article sur le terrain, nous nous sommes lancé un défi : n’écouter que des groupes de femmes latino-américaines qui parlent de féminisme.

Au café, Namai se lance dans les recherches. Il ne lui faut pas longtemps pour trouver La Perla, un groupe de Colombiennes qui mêlent cumbia, percussions, flûtes et musique folklorique. Formées à Bogotá en 2014, elles écument les festivals jusqu’à sortir leur premier EP en juin 2017. Sur Youtube, une petite vingtaine de vidéos nous permettent de nous faire une idée de leur musique, et de leur engagement.

Toutes multi-instrumentistes, elles revendiquent leur musique folklorique qui « a de nombreuses saveurs ». Leurs études universitaires de musicologie les poussent à ce travail de revalorisation et de ré-invention du patrimoine musical colombien.

Mais les textes sont également très importants dans leur travail de création. Sorti en mai 2018, le titre Bruja (Sorcière) reprend ainsi la figure de la femme persécutée sous prétexte de posséder des pouvoirs. Dans le sillage de Silvia Federici et de son livre Caliban et la sorcière (éd. Collectif Senonevero, 2014, réed. Entremonde, 2017), la narratrice, indépendante, est diabolisée pour vivre comme elle l’entend.

 

Nous nous servons un autre café et jetons un œil sur quelques recherches sur la situation des femmes en Amérique Latine. En 2016, le rapport Global Gender Gap Report classait le Costa Rica 32e en termes d’égalité homme-femme et premier pays de la zone. La même année la CEPAL (Comission Économique Pour l’Amérique Latine) estimait qu’environ 10 femmes par jour sont assassinées sur le continent. En 2017, elles furent 2 795. De plus, les inégalités salariales reculent mais restent extrêmement fortes. Seules les Cubaines, les Uruguayennes et les Guyanaises peuvent librement accéder à l’avortement. On sort nos foulards verts en écoutant les Argentines Femigansta et Ofelia Fernandez. La première est avocate et militante féministe sur les réseaux sociaux, la seconde est une étudiante  mobilisée pour le droit à l’avortement. Dans la collaboration Voy, elles s’emparent du hip-hop pour défendre le mouvement des Pañuelos Verdes qui réclame le droit d’avorter en Argentine.

 

#NiUnaMenos est aussi un cri de ralliement des mouvements féministes latino-américains. Ils dénoncent par cette campagne les violences domestiques et les assassinats de femmes par leurs conjoints. Cette expression est aussi un titre du groupe de reggeaton-électro Chocolate Remix. Leur chanson est accompagnée d’un clip… Deux minutes trente d’une jeune femme, face caméra. Montage rapide, saccadé, faisant apparaître sur son visage les traces de coups. Les bleus. Le sang.

 

Le moral un peu atteint, on fait une pause, avec, en fond, Miss Bolivia. On pense à autre chose avec son reggeaton festif de Buenos Aires. Cela ne dure pas. L’activiste multi-facettes nous ramène à la violence sexiste avec Paren de Matarnos.

 

La lecture automatique nous envoie vers une collaboration de cette artiste avec Ali Gua Gua et Rebeca Lane, Libre, atrevida y loca. Les chanteuses « préfèrent mourir que vivre la bouche fermée ». En découvrant ces artistes, on se rend rapidement compte qu’elles ne défendent pas que les droits des femmes. Chacune porte également des revendications politiques propres : la défense des minorités sexuelles, la lutte contre le racisme ou encore la défense des peuples autochtones.

Rebeca Lane, sociologue guatémaltèque, se dédie également au rap depuis 2013. Le clip Ni una menos s’ouvre sur une manifestation, puis le flow porte ces mots :

 

En fin d’après-midi, Rai craque. Sous la douche, il chante à pleins poumons Los Prisioneros ! Mais bon, la chanson Corazones Rojos reste dans le thème : « Eres ciudadana de segunda clase, sin privilegio y sin honor […] Búscate un trabajo, estudia algo, la mitad del sueldo y doble labor!” (“Tu es une citoyenne de seconde classe, sans privilèges et sans honneur […], Cherches un travail, étudies quelque chose, la moitié du salaire et le double de travail ! »). On le pardonne.

Après autant de hip-hop hispanophone, on cherche autre chose. Nos oreilles se tournent vers le Brésil, et trouvent Bia Ferreira. Sa musique, croisement de nombreux courants afro-américains (blues, soul, jazz…) apaise, sans toutefois édulcorer quoi que ce soit. Le texte de Não precisa ser Amélia est limpide.

En plus de la référence évidente au Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir, Bia Ferreira questionne l’image de la femme parfaite. D’ailleurs, peut-être qu’Amelia fait référence à la chanson de Seu Jorge, dans laquelle il dépeint une femme correspondant à tous les clichés de la beauté (forte poitrine, mince etc). Pas besoin d’être Amélia pour être belle !

Mais Bia Ferreira n’est pas la seule à jouer avec les genres. Un groupe qui arrive sur le devant de la scène c’est Fémina, un trio de femmes argentines qui passe avec aisance du folklore au rock. Leur premier album sort en 2011 et depuis elles ont joué partout, même en collaboration avec Iggy Pop. On écoute Los Senos, dont la musique, joyeuse et rafraîchissante cache en réalité un texte émouvant.

 

L’Amérique Latine est pleine d’influences diverses et ses musiciennes aussi. On se lasse du hip-hop ou de la musique folklorique, on veut un peu de punch !

Les Lilits entrent en scène. Ce groupe de Chiliennes tourne depuis 1999, balançant leur punk contestataire à pleines enceintes. On retrouve chez elles aussi bien The Clash que Bikini Kill, et bien sûr, un engagement féministe sans concession, n’hésitant pas à s’en prendre au machisme de la scène punk dans Dime.

 

Dans un autre registre, et entre toutes ces chansons très engagées, on prend un moment pour regarder dans le rétroviseur. La grande Mercedes Sosa, la Negra, nous chante alors la vie de Juana Azurduy. Guerillera pro-indépendance, elle prend la tête d’une troupe contre les Espagnols et devient une haut-gradée des armées de libération. Aujourd’hui honorée par la Bolivie, qui l’a élevée au grade de maréchal en 2009, et en Argentine où elle obtient le grade de général à titre posthume en 2015, Juana Azurduy est toujours un symbole de femme indépendante, forte et en lutte.

 

La soirée se termine avec le hip-hop d’Anita Tijoux et son Antipatriarca dont nous vous avons déjà parlé. 

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