Comment devenir un génie artistique en 10 leçons

Qui n’a pas secrètement rêvé d’être un génie artistique une fois dans sa vie ? Qui n’a pas eu un nœud au ventre en voyant au cinéma la scène où le personnage devient un génie et, sur un fond de musique grandiloquente, se met tout à coup avec une espèce de frénésie créatrice quasi-divine, à écrire-sculpter-peindre-mesurer-imaginer (rayez les mentions inutiles) ? Aujourd’hui, dans cet article, nous vous dévoilerons tous les secrets pour être un génie artistique en dix leçons-clefs.

Non, je déconne, et vous le savez.

 

Chercher l’inspiration : la quête du Graal Made in China 

Le lieu du génie artistique ? Un petit café parisien avec des tables en bois et un patron qui vous dit « Comme d’habitude, chef? » et finira éventuellement par monter une plaque en cuivre en votre honneur quand vous serez connu. « Ici, Machin Bidule a réalisé les premiers brouillons de son œuvre magistrale Tagada Tsouin Tsouin en juin 2018« . Évidemment, le café pourra également être un garage, une chambre de bonne ou une petite maison avec vue sur la mer selon votre discipline artistique.

Il faudra également trouver un cahier, lignes, petits carreaux ou feuilles blanches pour rassembler vos idées ; une bande-son inspirante ; une boisson préférée, voire une heure favorite. Et pendant que vous passerez des mois et des semaines à comparer les carnets Moleskine et Oxford, les cafés de Montmartre et du Marais, les maisons bretonnes et provençales, vous n’aurez absolument pas inventé quoi que ce soit. Mais vous aurez cherché. Cherché quelles marques, quels vêtements… En somme, chercher quelle image d’artiste vous voudriez renvoyer.

« It used to be about trying to do something ; now it is about trying to be someone ». The Iron Lady, 2011

Citer Margaret Thatcher, ou tout du moins le personnage de Margaret Thatcher, est évidemment provocateur de ma part, la dame étant à des milliards d’années-lumière d’un quelconque milieu artistique. Mais cette citation amène la question de l’évolution de l’image de l’artiste. Le XXIe, siècle de l’image, n’a pas épargné cette catégorie, et même a accentué le jeu de posture de l’artiste. Car l’artiste a toujours, toujours, (TOUJOURS) joué de sa position, que ce soit pour une raison poétique (Ooooh plaignez-moi, je suis en exil et j’ai le cœur brisé – Du Bellay, Les Regrets) ou politique (Nan mais en fait c’est pas moi l’auteur, je recopie juste – Montesquieu, Lettres Persanes). Tous les poètes sont des menteurs, dixit Sophocle. 

Oscar Wilde

Mais d’où sort alors cette posture de l’artiste torturé, touché par l’inspiration divine ? C’est au XIXe avec nos chers romantiques, Chateaubriand, Hugo et Stendhal en tête, que l’image se propage. L’artiste prend alors une pose inspirée, il est torturé, souvent fauché aussi, et il est une sorte de traducteur du monde invisible.

[…]
Et j’entendis, penché sur l’abîme des cieux,
Que l’autre abîme touche,
Me parler à l’oreille une voix dont mes yeux
Ne voyaient pas la bouche

[…]

Victor Hugo, Les Contemplations

De la même manière, une des anecdotes fameuses typiques de cette inspiration divine est la rédaction de La Chartreuse de Parme, dictée en 52 jours. L’exploit est évidemment considérable, comme l’immensité du travail d’auteurs comme Hugo est indéniable. Mais lui le premier reconnait la manœuvre : « Les inspirés, comme bizarre, méconnaissent l’inspiration » (Victor Hugo, William Shakespeare). Car même si ce ne sont que cinquante-deux jours, ce sont cinquante-deux jours entièrement consacrés au travail, soit quasiment deux mois, toute la journée, dimanche et jours fériés inclus.

Le travail méprisé de l’artiste

L’artiste qui a pu être avant au service du politique, du religieux ou de l’image nationale d’un pays a donc changé de posture avec le XIXe. Il est devenu un « Moi », un individu qui s’exprime pour lui-même, torturé (merci Baudelaire). C’est de là que découle l’artiste néoromantique, qui boit des bières et fume beaucoup en grattant sa guitare. C’est de là que vient le ricanement méprisant quand on parle de quelqu’un en disant « Ouais, c’t’artiste… » C’est de là que vient la prolifération de postures d’artiste que vient le mépris de l’artiste. Et pourtant, il est seul à qui on demande de bosser gratuitement et beaucoup plus, pour arriver à avoir un peu de reconnaissancee.

Alors si comme moi, vous cherchez l’inspiration, écoutez Jack London :

« On ne peut pas attendre que l’inspiration vienne. Il faut lui courir après avec une massue. »

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