Januhairy ou le problème de la pilosité féminine

Bientôt un mois que l’année 2019 est arrivée, et avec, son lot de bonnes résolutions et de défis de la nouvelle année. Lundi Vert, Dry January, ou encore Januhairy… C’est de ce dernier dont j’ai choisi de parler aujourd’hui. Januhairy, contraction de « january » (janvier) et « hairy » (poilu), est l’initiative de Laura, une jeune femme parlant de son rapport à l’épilation (son histoire, qu’on peut lire ici, ressemble malheureusement à beaucoup d’autres) et invitant les femmes à ne pas s’épiler pendant tout le mois de janvier.

Source : Instagram (@Janu_hairy)
Capture d'écran de commentaires Instagram en dessous d'une photo #Januhairy. On peut lire : "ça n'est pas inspirant, c'est juste sale" ou encore "c'est dégueulasse, ça a juste l'air négligé et sale". (traduction de l'anglais)
Capture d’écran Instagram.

Chouette me suis-je dis, une occasion de familiariser les gens avec le physique de femmes qui ne ressemblent pas aux standards de beauté du 21ème siècle ! Un moyen donc de populariser la pilosité féminine, et donc de la rendre plus acceptée. Mais en suivant le défi sur différents réseaux sociaux, je me suis vite aperçue qu’il était loin le jour où on pourrait simplement apparaître en public avec des poils aux jambes sans que cela ne monopolise le sujet de conversation avec notre entourage.

Parmi tous les commentaires de personnes dégoûtées, écœurées, j’ai pu relever quelques pépites « intéressantes » de par le point de vue qu’elles offraient. Notamment un :

Capture d’écran Instagram.

Traduction : « C’est ce que les femmes sont devenues ? Faites ce que vous voulez, arrêtez de parler d’absolument tout. Vous avez littéralement des poils sous les bras (smiley) comme si vous n’y étiez pas autorisées avant… Cette génération me tue. »

J’ai relevé celui-ci parmi beaucoup d’autres car son raisonnement pose la question de l’intérêt même de la démarche. Cet homme ne comprend pas le but du Januhairy, et trouve ridicule de lancer un hashtag pour une histoire de poils. En soi, aurait-on tort de trouver que tout ça, c’est un peu trop pour juste une question de poils ? Tout ça pour des petits trucs que tout le monde a sur la peau ?

Ça serait ridicule si ça n’était que ça. Les poils sont beaucoup plus. Symboles de la virilité chez la majorité des hommes, leur épilation chez les femmes est, elle, vue comme la norme, si bien que porter un vêtement laissant voir nos jambes quand elles ne sont pas épilées est source de nombreuses remarques déplacées et moralisatrices. Du commentaire sur un léger ton moqueur, à la mine de dégoût assumée, toutes les remarques à l’encontre de la pilosité sont une souffrance pour la personne qui en est la cible. S’il vous est difficile, en tant qu’homme par exemple, d’imaginer la pression sociale qui dicte l’épilation des jeunes femmes et tout ce qui en découle, le collectif Liberté, Pilosité, Sororité (collectif féministe non-mixte luttant en faveur de l’acceptation de la pilosité féminine) avec sa campagne #1èreFoisEpilation peut vous ouvrir les yeux. Leur travail ici recense de nombreux témoignages de la première épilation, qui ne font que confirmer que les poils sont, plus que de minuscules organes*, un véritable symbole du poids des normes qui pèsent sur les femmes.

Maintenant, il apparaît évident que le commentaire cité plus haut est dans l’erreur. Bien sûr qu’on est autorisées à avoir des poils sous les bras. Il n’en reste pas moins que faire ce choix (qui est personnel) nous expose à de nombreuses remarques qui peuvent être source de souffrance et donc, nous ne sommes pas totalement libres sur ce coup-là. Et c’est ce qui est important pour moi dans Januhairy. Montrer la pilosité féminine (qui n’est pas sale rappelons-le) servira, je l’espère, à ce que les gens en général y soient plus habitués et donc arrêtent de réagir face à des jambes poilues comme s’ils avaient vu un cadavre. Normaliser la pilosité féminine pour qu’enfin nos jambes poilues (ou non d’ailleurs) intéressent moins notre interlocuteur que ce qu’on a à dire.

Traduction : J’aimerais que ça (avoir des poils) soit quelque chose dont je n’aie pas à me soucier et au sujet de quoi je puisse me sentir tranquille… // Mais ça ne l’est pas.
Source : Instagram ( @jamiesquire_)

Espérons alors que 2019 soit une avancée pour les femmes dans l’acceptation de soi, et pour tout le monde, dans l’acceptation de l’autre. Mais ne nous leurrons pas, cela ne se fera pas tout seul et surtout pas sans vous : hommes, femmes, prenez conscience de l’influence de vos propos ou de votre comportement sur les femmes qui subissent déjà de plein fouet le poids de l’injonction à la norme. Faites l’effort de vous mettre à leur place et soyez bienveillants : ne légitimez pas par votre présence et vos paroles les diktats de beauté du 21ème siècle. En d’autres termes, ne reprochez à personne leur choix concernant leur apparence et réalisez que très peu de ces choix sont personnels et ne découlent pas de la pression de la norme – à laquelle vous avez peut-être contribué. Ne vous contentez pas de regarder les choses avancer, prenez part à leur avancement.


NB : Je ne juge ici aucunement les femmes qui font le choix de s’épiler, j’espère que vous l’aurez compris.

NB(2) : Les hommes sont aussi victimes de pression sociale concernant leur physique, mais je n’en parle pas ici car le sujet est la pilosité, et les femmes sont celles sur qui pèsent le plus le problème de la pilosité (féminine).

*oui ce sont des organes.

Références :

Collectif Liberté, Pilosité, Sororité (sur facebook, ici)

Pour aller plus loin :

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