Une histoire de Voix

Une simple voix peut changer la face de l’histoire, au-delà même des mots qu’elle prononce. Si Jeanne d’Arc avait reçu sa mission de la bouche du dauphin, aurait-elle trouvé la voie de Reims, d’Orléans, et finalement, de Rouen pour passer sur le grill tel St Laurent ? Il fallait bien une voix divine pour remettre sur son trône un Charles VII aphone ou plutôt, inaudible, dans un royaume en miettes. De même, la voix radiophonique du général De Gaulle, plus influente après-guerre que le 18 juin puisque les Français étaient occupés à autre chose, résonne encore actuellement, comme une onde (#RaymondDevos) formée par les ricochets de l’histoire (#Michelet). Divines ou humaines, ces voix sans visage, ont marqué la grande histoire.

saxon
Battering Ram – 2015. © UDR Music. A noter que Ram veut dire Bélier, animal qui a des sabots, comme le diable de Devon… Coïncidence ?

Mais c’est d’une voix diabolique et perceptible par le grand nombre dont je veux vous parler. Tout a commencé un soir de semaine, plutôt calme, après une journée qui ne laissait en rien présager une attaque aussi agressive, une remise en cause aussi bouleversante. Sur la platine, alors que la discussion avec ma

the devil's footprint
Les empreintes reconstituées par la presse de l’époque. Effrayant non ?

moitié défilait comme se vidait la bière, « The Devil’s Footprint » de Saxon : un morceau assez musclé reprenant l’histoire du diable du Devonshire. En 1855, d’étranges traces de sabots apparaissent dans la neige, jusque sur les murs, sans que personne ne sache de quel animal elles proviennent. Il n’en faut pas plus pour conclure que c’est le diable en personne qui se promène dans le blizzard, au sud de l’Angleterre, la nuit, alors que tout le monde sait que c’est dangereux. Mais après tout c’est le diable donc question danger, il n’y a rien au-dessus de lui. Sauf peut-être Éric Zemmour, mais c’est un autre débat.

Bref, Saxon, groupe féru d’histoire et de diableries, a trouvé dans cette affaire mystérieuse un sujet en or.

Pour nous mettre dans l’ambiance, le titre commence sur une voix rauque annonçant le sujet de la chanson :

« ‘Twas in the year of our Lord 1855
The snow lay thick far and wide
Over rooftops through the fields
Did Satan leave his mark?
Something evil passed thy way
‘Twas a creature of the dark
Send him back from whence he came
There rose up the hew and cry
Protect thy self from fear and pain
The Devils footprint comes again »

Jusque-là, vous vous dites, rien de bien inquiétant. Mais le diable est dans le détail. Ainsi, l’auditrice alerte lance une remarque incisive et moqueuse: « Mais on dirait « Thriller » de Michael Jackson !!!! ». WTF ? WTFAZERTGHSGE ?

Moi qui n’aime pas, mais alors vraiment pas Michael Jackson, et qui adore, a l’inverse, Saxon, je suis estomaqué par un tel rapprochement. Comment un tel produit marketing aurait pu avoir inspiré ce groupe culte et créatif qu’est Saxon ? Inconcevable ! Improbable ! Surtout que le groupe a déjà utilisé ce genre d’introduction sur « The Preacher » (Unleash the Beast, 1997). Cette énergumène violeur d’enfants se déhanchant comme un aspirateur Dyson ne peut pas être la source de quoi que ce soit sinon de mépris !

Ma première réaction, après la colère face à cette comparaison malheureuse, c’est la vérification. Ma détestation de Michael Jackson entraîne, forcément, une méconnaissance de son œuvre : si je connais le titre « Thriller », je ne maîtrise pas à ce point la référence pour me rappeler qu’il y ait une voix rauque en son sein. En effet, après l’avoir écouté, elle est bien présente à la fin du morceau. Et non au début !!! Ah Ah Ah ! Piégé ! Enfin, l’argument est un peu fragile …

Je tente alors le : « ça ne veut pas dire qu’il y ait eu inspiration ». Après tout, cette voix rauque en début ou en fin de morceau permet de donner un effet cinématographique à la chanson, de nous faire adhérer davantage au récit. Quand on regarde le court-métrage qui sert de clip à « Thriller », ses multiples références au cinéma d’horreur (et même, les scènes se déroulant dans une salle de cinéma), on perçoit tout à fait l’intérêt d’user de ce genre de voix. De là à y voir une influence musicale. Or, comme l’avait bien souligné ma dulcinée, Michael Jackson est tellement connu internationalement, qu’on le regrette ou non (moi-même, malgré le peu d’intérêt que je lui porte, je dois connaitre une dizaine de ses chansons …), que tous les groupes ont forcément ce titre dans l’oreille. Consciemment ou inconsciemment, « The Devil’s Footprint » cite « Thriller » de Mickael Jackson. On parle d’un album 30 fois disque de platine, 66 millions de ventes, en 2016 …

J’avoue être, à ce niveau de la conversation, sans argument, surtout que je n’arrive pas à trouver de morceau issu de la large scène rock et Metal pouvant infirmer ce rapprochement. Mais je ne m’avoue pas vaincu ! C’est l’honneur de Saxon qui est en jeu ! C’est même l’honneur de tout un courant musical : l’honneur du METAL ! C’est donc là que commence mon enquête, voire ma quête … avec une voix.

Car au-delà de Saxon, c’est tout le monde du Metal qui est friand de ce genre d’effets, et qui se retrouve ainsi, peu ou prou, dans la lignée des ersatz de Jackson (j’exagère un peu

running wild
Black Hand Inn – 1994 © Noise Records.

là). Je commence par rassembler mes pensées et je vois apparaître un navire, celui de Running Wild. Ce groupe allemand connu comme étant le père du « Metal pirate » (même quand ils changent de thématique, étant donné qu’ils gardent le même style et qu’on ne comprend rien à l’anglais). Et sur « Treasure Island » (Pile of Skulls, 1992), cet effet est utilisé pour la première fois par la formation bien qu’il faille l’avouer, la voix n’y est pas caverneuse. Mais elle nous introduit dans cette quête de richesse, lancée pour plusieurs minutes épiques à travers les océans. Par contre, « The Curse » et « Genesis » dans Black Hand Inn (1994) ou encore l’introduction de l’album Masquerade (1995) qu’on retrouve sur le morceau de clôture «Underworld », démarrent sur cette voix diabolique. Nous pouvons citer également « Return of the Dragon » sur The Rivalry (1998) et dans le même esprit, mais avec une tessiture plus claire, « The Last of the Mohicans » sur leur dernier album, Rapid Foray (2016). Tout cela, bien après la pépite de Michael Jackson. Barbe Noire se retourne dans sa tombe.

manowar
Fighting the World – 1987 © ATCO Records.

Autre groupe généreux dans ce type d’introduction, les testostéronés de Manowar. Le groupe est connu pour sa théâtralité et il est clair que ce genre d’effet ne peut que donner une plus-value à cette caractéristique. Un des titres les plus connus – et je dois la référence à un compagnon metalhead que nous appellerons sous un prénom d’emprunt Alexandre – possédant cette fameuse voix est « Defender » sur l’album Fighting the World de 1987. Mais nous pouvons la retrouver dès Hail to England sur le titre « Black Arrows » (1984) et plus tard, dans « The Demons Whip » sur The Triumph of Steel (1992). Jusqu’à présent, le seul lien que je voyais entre Manowar et Jackson venait du goût du guitariste Karl Logan pour les mineurs … Et

michael jackson
Vous trouvez ça crédible ? Sérieusement ? Source : mjworld.net

bien non, il y a aussi cette voix terrible. J’imagine alors Michael Jackson en guitariste de Metal, et je ne trouve pas cela crédible du tout…

 

 

Reprenons nos esprits, quels critères doit-on prendre pour trouver un titre de Metal qui remettrait en cause l’influence thrillerienne ? Parce qu’attention, il faut non seulement trouver un titre de 1982 au plus tard, mais issu d’une groupe suffisamment influent et connu pour avoir lancé la mode dans le Heavy Metal.

Ainsi, lorsque j’écoutais « The Axeman » d’Omen, je me suis dit : « Chouette, j’ai

omen
Battle Cry – 1984 © Metal Blade Records.

trouvé ! ». Mais est-ce un groupe assez important – en termes de notoriété pure ? La réponse est clairement non, mais le lecteur ayant connaissance de l’existence de ce groupe devrait se jeter sur Youtube ou autre plateforme pour écouter ce talentueux combo ricain. Pour le reste, Battle Cry est en plus leur premier album … De toute façon, il date de 1984, donc affaire classée.

J’ai écouté pas mal de groupe, éclusé ma discothèque, vérifié les dates (Keeper of the Seven Keys Part 1 d’Helloween date hélas de 1987, et puis, la voix sur l’outro « Follow the Sign » n’est pas si caverneuse …), fouillé dans les formations les plus improbables : rien n’y fait. Il faut rendre les armes, s’avouer vaincu …

Quand surgit, dans un éclat de lumière, une solution qui sonne comme une évidence ! Le

iron maiden
The Number of the Beast – 1982 © EMI.

diable n’est donc pas dans le détail, en tout cas sa voix est facilement audible : son origine dans le Metal était comme le nez au milieu du visage, visible, et qui plus est, explicite. C’est un groupe qui la réutilisera sur « Alexander the Great » (Somewhere in time, 1986), et qui l’inaugura sur le maléfique « Number of the Beast » en 1982 : Iron Maiden. Tout ça pour ça. Mais après tout, qui d’autre que la vierge de fer, les piliers de l’édifice solide du Metal pouvait apporter cette innovation ? Pour moi, le seul point commun entre Maiden et Jackson était le nez d’Eddie …

Voilà comment s’achève la quête qui m’a été confiée, avec l’aide des seigneurs de fer. J’ai prouvé que cette voix, je peux la chercher pour vous … Mais je ne peux l’écouter pour vous maître Fro … Donc à vos casques !

En guise d’épilogue …

On aurait pu s’arrêter là, on est face au groupe le plus influent de l’univers du Metal, un titre avec une voix caverneuse en intro sorti la même année que le fameux « Thriller » … Mais il faut être opiniâtre. S’il y a bien un genre musical auquel je suis attaché et dans lequel j’étais persuadé de trouver quelque chose, c’est bien le rock progressif. Bien que parfois éloigné du Metal, il a connu une telle heure de gloire et un si grand impact sur les groupes des années 1980 qu’il est légitime de creuser de ce côté. Si en plus on trouve groupe a des relents hard-rock… Je vous laisse donc sur « The Necromancer » des Canadiens de Rush, issu de l’album Caress of Steel, en 1975.

Par François.

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