En finir avec les violences éducatives ordinaires ?

Le 30 novembre dernier, la proposition de loi contre les « violences éducatives ordinaires » (VEO) a été adoptée par le Parlement. Celle-ci condamne non seulement les châtiments physiques, mais aussi les châtiments psychologiques, comme le hurlement ou encore le chantage, ainsi que les humiliations.

Pour ce qui est des châtiments physiques, alors même que 31 des 47 pays du Conseil de l’Europe l’interdisent déjà, et que les engagements internationaux de la France la contraignaient à agir en ce sens, cela n’allait pour autant pas de soi. En 2015, selon un sondage de l’Ifop pour Le Figaro, 70% des sondés se disaient contre une loi interdisant la fessée. Parmi les raisons à ce non majoritaire, il y a l’idée que l’État ne doit pas ingérer dans la sphère de la famille, ou encore que la fessée peut constituer une méthode éducative efficace et non problématique.

Pourquoi légiférer ?

Il faut à ce stade spécifier que cette loi a une valeur civique et pédagogique et non punitive. Le deuxième article de ce court texte demande la réalisation d’un rapport pour dresser un panorama de la situation en France et ouvrir un champ de discussion plus vaste autour des questions des droits et des besoins des jeunes enfants et de la prévention de la maltraitance, thèmes qui ont par ailleurs récemment fait l’objet d’un rapport du Défenseur des droits. Tout cela suit la logique d’un quinquennat donnant une place particulière aux jeunes enfants, qui étaient déjà un axe prioritaire dans le plan de lutte contre la pauvreté présenté à l’automne.

Ce texte veut par ailleurs permettre de changer les mentalités au sujet des méthodes éducatives et des droits de l’enfant. Le postulat de cette position est que la punition, qu’elle soit physique ou psychologique, ne peut pas servir de méthode éducative efficace, parce qu’elle ne respecte pas le droit des enfants à être traités comme des personnes à part entière, parce qu’elle méconnaît les avancées des neurosciences sur le développement des enfants (voir rapport Défenseur des droits) et enfin parce que n’étant pas en lien avec l’acte commis par l’enfant, elle ne lui enseigne rien.

Quelles alternatives ?

Cela peut être difficile à entendre quand on est parent ou que l’on travaille avec des enfants et que l’on sait à quel point c’est un métier difficile. Il y a aussi la peur d’être à l’opposé trop laxiste, et de créer les enfants rois ou les enfants tyrans que l’on nous présente régulièrement à la télé. Si vous vous sentez concernés, je conseille le visionnage de l’émission « Suite Parentale : Quelle autorité pour nos enfants ? », qui traitait récemment de ces questions, sans culpabiliser les parents et en apportant des solutions pratiques.

Dans cette émission, Beatrice Sabaté, psychologue clinicienne, rappelle les conséquences de la punition répétitive :

« S’il est puni de façon répétitive, on va aller générer ce qu’on appelle les 4 R : le ressentiment, la rébellion, la revanche, le retrait, et donc du coup si c’est répétitif et que ça devient ordinaire, le risque que l’on prend c’est de développer chez l’enfant le sentiment d’injustice. […] Le sentiment d’injustice c’est ce qui fait le lit de la violence, c’est-à-dire que plus j’ai un sentiment d’injustice, plus je vais par exemple me rebeller »

Cependant, et comme en parle très bien l’émission, ne pas punir ne veut pas dire laisser tout faire, et des alternatives existent pour faire respecter les limites de manière bienveillante. J’invite les personnes intéressées à lire par exemple cet article sur la différence entre sanction et punition.

Pour aller plus loin

« De la naissance à 6 ans : au commencement des droits », Rapport du Défenseur des droits

« Que reste-t-il de Françoise Dolto en 2018 ? », Grand bien vous fasse, France inter

OVEO, StopVEO : Associations de lutte contre les violences éducatives ordinaires, pour s’informer et avoir des outils éducatifs.

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