Plaidoyer pour l’euthanasie d’Harry Potter

A Mme J. K. Rowling,

On dit parfois des grandes stars que leur agonie est lente et douloureuse ; qu’elles vivent dans le souvenir de leur gloire passée, en tentant vainement de la faire revivre à coup de nouvelles tournées, ou dans celui de la beauté de leur jeunesse, que les excès de chirurgie esthétique ne font qu’enlaidir. Sans citer de nom précis car ce n’est pas l’objet ici, il existe quantité de stars sur le déclin, qui auraient besoin que quelqu’un leur dise : Ne t’accroche pas. Respire. Renouvelle-toi, même si cela veut dire changer totalement.

Lecteurs de la première heure, levés à 5h le jour des sorties d’Harry Potter, ayant eu le même âge que nos héros à chaque nouvel épisode, il est de notre devoir à nous, membres de la génération Harry Potter, de vous le dire : ne vous accrochez pas. Renouvelez-vous. Ne vous complaisez pas dans la dissolution de cet univers, fantastique dans tous les sens du terme. Les succès d’aujourd’hui ne sont que commerciaux ; ils ne sont pas des succès. Ils n’ont plus la sincérité d’autrefois.

Déjà la pièce de théâtre était de trop. Grossière tant dans le fond que dans la forme, elle accumulait une série de clichés, qu’un adolescent sans talent aurait pu compiler pour une rédaction de français. Déjà.

Déjà le premier film des Animaux fantastiques était mauvais, doté d’un scénario incomplet, incompréhensible pour qui n’avait pas potassé tout l’univers d’Harry Potter, depuis les livres aujourd’hui presque oubliés, jusqu’aux divers produits dérivés et sites de fans. Même cinématographiquement, même pour un blockbuster, il était loin d’être bon, avec sa surenchère d’effets spéciaux parfois grossièrement exécutés. Surtout il manquait d’une qualité : son indépendance. A trop s’appuyer sur Harry Potter, il en est devenu une mauvaise copie tant dans le scénario que dans la réalisation. Une telle quantité de clins d’œil relève plus du spasme musculaire que de l’hommage sympathique.

Nous ne ferons pas ici la critique des Crimes de Grindelwald ; il n’en vaut pas la peine et les dizaines de critiques lapidaires de fans s’en sont déjà chargées. Le film n’a quasiment aucun sens, au moins pendant les 45 premières minutes (ce qui, sur 2h30 de film, est pour le moins gênant). Si Jude Law fait un Dumbledore parfait, le retour de Johnny Depp, une autre star sur le déclin, n’est qu’un indice de plus des dégâts infligés par les techniques commerciales au monde merveilleux d’Harry Potter. Ce monde nous servait de refuge, et on sort de ce film dégoûté, en colère contre cette trahison.

Madame J. K. Rowling, vous n’êtes pas scénariste, clairement. Mais vous êtes mieux que cela : vous êtes romancière. Vous avez bâti un monde plein de possibilités, comme Tolkien l’avait fait avant vous. Mais Tolkien s’est arrêté, et son œuvre n’a pas été dissoute comme de la soupe de pauvre. Ou tout du moins, si les suites ou les dérives sont mauvaises,  elles ne lui sont plus associées. Voilà ma demande aujourd’hui, Madame : partez. Mettez un terme à Harry Potter. Laissez-nous vivre de notre imagination, et écrivez autre chose, un autre monde. Vous avez bu le calice jusqu’à la lie, et croyez-moi, la lie, c’est vraiment dégueulasse. Ne faites pas d’Harry Potter un nouveau Twilight, un teen movie raté, alors même que les enjeux développés dans les livres commencent à envahir les milieux universitaires.

Vous avez fait voler en éclat la crédibilité de toute la saga en faisant exploser la moitié de New-York à l’écran, ou le cimetière du Père Lachaise sans aucun respect pour les règles de la magie. Vous avez fait voler en éclat nos enthousiasmes d’enfants, quand un livre ou un film suffisait à nous faire entrer dans le monde, alors qu’il faut maintenant toute la collection Pop,  les baguettes en plastique, les matches de Quidditch où on court avec un balai entre les jambes. La réussite d’Harry Potter tenait à ce que nous pouvions croire à cette barrière invisible entre les deux mondes. Il y avait un ensemble de règles qui rendaient presque possibles, presque palpables, le monde magique.  C’est cela même le principe de la magie : si c’est trop visible, on y croit plus.

Donc Madame, je vous le demande. Depuis des années déjà, la série agonise, à se répéter, se diluer, pour en faire toujours plus et pour produire toujours plus d’absurdes objets dérivés. Arrêter là n’empêchera pas aux fans de naître. On lit encore Tolkien avec délectation. Mieux, cela préservera votre monde. Achevez Harry Potter et remettez-vous à écrire.

Un commentaire

  1. Je te sens en colère et je comprends ta déception. Tu l’exprimes avec conviction et talent. Mille bravos, garde ton esprit critique intact et ne laisse pas envahir par ces surenchères qui n’ont rien à voir avec l’art littéraire 😀

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