Du Black Friday au #GivingTuesday

La plupart d’entre vous connaissent le Black Friday. Difficile de faire autrement. En France le mouvement commercial est tellement extrapolé qu’on m’a sorti dans une grande enseigne dont je ne citerai pas le nom : « Vous avez vu Madame, chez nous Black Friday commence aujourd’hui. » On était mardi. L’absurdité même d’un Black Friday qui commencerait un Tuesday révèle la démarche, purement consumériste, de ce mouvement.

Pour l’origine de cette action, il faut revenir dans le pays d’origine du Black Friday, nos chers Etats-Unis. Dixit Wikipédia, « Black Friday désigne le lendemain du repas du jeudi de Thanksgiving, un grand jour de soldes pour lancer la saison des achats aux États-Unis. » En gros, c’est bientôt Noël, on fait le pont, donc tout le monde dans les magasins et hop on fait des promos. On est donc sur une grande fête de la consommation qui, si elle a encore un vague sens dans un pays qui fête Thanksgiving, n’a absolument rien à quoi se raccrocher quand elle arrive en France. Pourtant l’événement commercial gagne de plus en plus d’ampleur même dans l’Hexagone.¹

Une simple course à la bonne affaire ?

Force est de constater l’efficacité commerciale de l’opération, soit 735 millions de dépenses en 3 jours en France en 2016. Du point de vue des grandes enseignes par qui l’événement est arrivé, l’enjeu est évident. Du point de vue du consommateur en revanche, l’intérêt pour le Black Friday peut interroger. Les prix cassés sont bien sûr le premier argument pour participer à l’événement. Les Français profitent des réductions pour renouveler en priorité leur garde-robe (37%) et leurs appareils électroniques (19%), deux catégories de produits qui subissent les évolutions de tendances.

Pour comprendre, il est intéressant de se pencher sur les données récoltées. Le site Blackfriday.sale examine les chiffres du Black Friday pour dégager les grandes tendances françaises de cette journée de consommation. Le schéma ci-dessous présente l’augmentation des recherches Google liées au Black Friday par région. En effet, en France, les achats du Black Friday sont surtout fait par Internet, contrairement aux Etats-Unis qui attendent le Cyber Monday – c’est-à-dire le lundi d’après – pour casser les prix en ligne.

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Ce que l’on constate c’est que les plus fortes augmentations viennent non pas de la capitale, mais des autres régions périphériques (voire isolées dans le cas de la Corse) des grands spots de consommation. Le Black Friday serait-il un parfum d’américanisation, une tendance à suivre, dont Paris, dans son isolement presque snob, déciderait ne pas avoir besoin ?

Car la communication du Black Friday est installée comme celle d’un mouvement auquel il faut appartenir – « Quoi, tu ne fais pas le Black Friday ? ». Pour appuyer cette thèse de mouvement d’appartenance, il faut regarder du côté de la Chine qui a son propre équivalent de cette journée noire, dont les chiffres explosent largement ceux du Black Friday. Il s’agit du Single’s day, ou le jour où les célibataires  sont les plus rentables du monde.

En 1990, des étudiants de l’université lancent, un peu pour la blague, le Single’s day. Établi le 1/11 pour mettre à l’honneur le chiffre 1 de l’individualité, il s’agit d’abord de fêter les célibataires comme contrepoint à la Saint-Valentin. En 2009, Alibaba, le géant chinois de la vente en ligne, s’empare de l’événement pour créer un immense jour de prix cassés. Avec plus de 14 milliards de dollars dépensés en une journée, l’événement ridiculise même le Black Friday américain et ses 5,8 milliards de dépenses en 2016.

Les chiffres sont affolants et difficilement concevables. Pour mesurer, 14 milliards équivaut au PIB d’un petit pays, qu’on trouverait autour du rang 153 (sur 230) dans la liste des pays du monde par PIB nominal. Bien sûr l’analogie est provocatrice. Mais l’idée que l’on puisse générer en une seule journée l’équivalent du PIB d’un petit pays reste en mobilisant le pouvoir d’achat reste assez effarante. Dans une période où on questionne la pérennité de l’actuel modèle économique consumériste, ce type d’action fait tache.

Pour changer le monde, changeons le Black Friday ?

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Bannière 2018 du Giving Tuesday – Source : http://givingtuesday.org/

Nous laisserons de côté les conséquences indirectes de ces actions : production massive, pollution exponentielle liées aux livraisons mondiales « en 24h chrono », pérennisation de l’action dans les mentalités et les stratégies d’entreprises, etc. Concentrons-nous simplement sur la possibilité de générer autre chose que de la consommation individuelle. Concentrons-nous sur cette envie si ce n’est cette urgence, de changer les comportements et de donner les moyens de transformer nos modes de vies. 735 millions d’euros en France. Admettons que l’on ne soit pas drastique, et qu’on en détourne la moitié vers une autre cible, soir 367,5 millions. Admettons qu’on ne veuille pas les donner à l’Etat parce qu’il ne sait pas les gérer et qu’il ne les mettra pas où vous voulez qu’il soit. Admettons que vous vouliez juste ne pas les donner aux entreprises privées. Alors il existe le Giving Tuesday, qui arrive en France cette année aussi.

Apparu en 2010 (Alibaba aurait-il fait naître des consciences ?), le mouvement se tient en réponse aux événements commerciaux du Black Friday. Pour résumer, il y a le Black Friday, Cyber Monday et Giving Tuesday. A priori le reste, de la semaine va en s’améliorant. Le Giving Tuesday, c’est donc une journée consacrée aux dons et à la générosité, pas seulement financière. Déjà présent dans une centaine de pays, le Giving Tuesday est lancé cette année en France. Porté par des médias, des associations, des fondations privées mais aussi des écoles, des communautés locales ou des individus, le mouvement veut avant tout être diffusé pour pouvoir célébrer autre chose que les prix cassés (qui entre nous génèrent encore des bénéfices pour les entreprises). En gros, évite de pérenniser un truc absurde et pose ton #GivingTuesday sur Twitter mardi. Quitte à rejoindre un mouvement, on se dit qu’il vaut mieux en rejoindre un positif.

Plus d’infos : http://givingtuesday.fr/

1: http://www.lefigaro.fr/conso/2017/11/27/20010-20171127ARTFIG00254-les-ventes-du-black-friday-ont-progresse-d-un-tiers-en-2017-en-france.php

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