Nos ancêtres les gaulois

Régulièrement, revient sur le devant de la scène médiatique la question de « l’identité française », de « l’identité nationale », des origines françaises. Régulièrement, on se retrouve embarqué dans des polémiques autour du roman national et plus particulièrement autour de, comme l’avait dit Nicolas Sarkozy, « nos ancêtres sont gaulois¹. » La figure du gaulois est imprégnée dans notre imaginaire collectif et vient jusque dans notre quotidien, se retrouvant dernièrement dans les mots de notre président bien-aimé avec les « gaulois réfractaires au changement². » On est alors en droit de se demander pourquoi et comment une civilisation éteinte depuis plus de 2000 ans continue à être brandie comme un étendard aujourd’hui.

Pour cela, il faut remonter à la deuxième moitié du XIXème siècle, lorsque Napoléon III passionné d’Histoire et d’Archéologie décide de mettre en valeur le passé antique du

Statue de Vercingetorix à Alise-Sainte-Reine
Statue de Vercingétorix à Alise-Sainte-Reine

territoire de son Empire français. Le passé gaulois du pays commence alors à être mis en avant, ainsi en 1865 Merdogne dans le Puy-de-Dôme est renommée Gergovie ; toujours en 1865, sur le site présumé de la bataille d’Alésia, à Alise-Sainte-Reine, est érigée une statue de Vercingétorix faisant face aux troupes romaines. On peut d’ailleurs noter une ressemblance notable entre les traits du visage de cette statue et ceux de Napoléon III, prémices de l’édification de Vercingétorix en héros national et de son assimilation à Napoléon III puis à la France.
Parallèlement à cette redécouverte du passé, durant ces années l’opposition entre le Second Empire et le Royaume de Prusse monte jusqu’à exploser en 1870 avec la guerre franco-prussienne. Hors, dans le cadre d’une opposition Empire français/Royaume prussien les origines franques et donc germaniques de la France ne sont plus à valoriser. On cherche ainsi de nouvelles origines afin de cristalliser une vision nationaliste opposée aux origines prussiennes. Les origines françaises sont déplacées dans l’Antiquité gauloise et le mythe du peuple gaulois frustre et primitif mais uni face à un dangereux ennemi (Rome) sous un chef charismatique (Vercingétorix) prend forme. Le parallèle entre l’Empire romain/Royaume prussien, Vercingétorix/Napoléon III et Guillaume Ier/Jules César se crée et la France se prépare à affronter l’ennemi.

Une fois cette guerre perdue par l’Empire à Sedan et l’ordre ramené de façon sanglante dans un Paris révolutionnaire par Adolphe Thiers, la IIIème République s’installe. C’est alors qu’est reprise la propagande sur « nos ancêtres les gaulois » dans un cadre d’union nationale, de promotion du nationalisme et d’une opposition à l’Empire allemand, nouvelle évolution du Royaume de Prusse.
« Tu dois aimer la France parce que la Nature l’a faite belle et que l’Histoire l’a faite grande³. » Voilà ce qui ouvre les nouveaux manuels d’Ernest Lavisse, ayant pour but de faire aimer la France aux écoliers. A partir de ce moment-là, l’image d’un peuple rustre et têtu mais fier et noble prend racine dans l’imaginaire collectif. L’image des gaulois comme éternels résistants se forge, notamment avec l’image du premier héros national Vercingétorix et via la création de la civilisation gallo-romaine.
Que ce soit à travers les institutions ou bien les arts, cette image des gaulois est véhiculée, avec pour but de faire entrer dans la tête des enfants que leur caractère belliqueux et résistant vient de là. Cela a aussi pour but de faire sentir aux enfants le caractère noble mais injuste de la défaite de la France face à l’Empire Allemand et du caractère juste d’une future guerre ; n’oublions pas que la perte de l’Alsace-Lorraine suite à la guerre franco-prussienne est vécue comme un véritable outrage par le gouvernement français.

Cette image perdure jusqu’à nos jours, ayant été continuellement réactivée, notamment par la Résistance durant la Seconde Guerre mondiale. Mais aujourd’hui ce qui permet à ce mythe gaulois de perdurer c’est une œuvre majeure de la culture française post-

Asterix le gaulois
Astérix le Gaulois – © Editions Albert René

Seconde Guerre mondiale : Astérix. Avec Astérix continue de se construire dans l’imaginaire collectif un peuple gaulois rustique, bagarreur, entêté, roublard, juste et fondamentalement rebelle, ou réfractaire. Un peuple naturaliste face à un Empire romain développé et moderne.
Dès lors on peut s’interroger sur la pertinence de ces origines gauloises et du caractère primitif et rustre des gaulois. Et bien se réclamer d’un peuple n’existant plus depuis plus de 2000 ans, dont les descendants ont été noyés dans les vagues successives d’immigration (italiques, germaniques, scandinaves, slaves, maghrébines, etc.) n’a que peu de sens. On adresse d’ailleurs une petite pensée aux pseudo-historiens-politiques voulant revenir à une religion, une culture et un peuple somme toute aujourd’hui hypothétique, les indo-européens⁴. De même, voir les gaulois comme une unité politique et ethnique est un contre-sens. Et enfin, les gaulois réfractaires au changement…les élites gauloises étaient romanisées dans leurs attitudes dès avant la conquête romaine, certains peuples étaient alliés de Rome et Vercingétorix lui-même a d’abord été un proche de César. On peut également rappeler que les gaulois ne faisaient pas que porter des casques à plumes, mais montraient bien une maîtrise avancées de certaines techniques.

La présence encore aujourd’hui d’une vision idéalisée et nationaliste de nos ancêtres les gaulois procède donc d’une historiographie institutionnelle élaborée à la fin du XIXème siècle dans un cadre nationaliste et d’opposition avec une puissance étrangère. C’est alors que le mythe gaulois apparaît, il sera continuellement entretenu à la fois par les institutions, mais aussi la culture ou encore les mouvements de Résistance.
Se réclamer aujourd’hui d’une origine gauloise est la preuve d’un nationalisme exacerbé, quant à qualifier les gaulois de « réfractaires » est la preuve d’une incompréhension historique ou d’une volonté de plier la réalité à ses besoins idéologiques.

Bonjour, je m’appelle le Gaulois.

¹ « Nos ancêtres les gaulois » : Nicolas Sarkozy crée la polémique. Nouvel Observateur, 20 septembre 2016.

² « Gaulois réfractaires » : critiqué pour ses propos, Emmanuel Macron plaide l’humour. Le Monde, 20 août 2018.

³ LAVISSE Ernest. Histoire de France, cours moyen. Armand Colin, Paris. 1923.

Site du Parti des Européens

Pour en savoir plus :

CITRON Suzanne. « Nos Ancêtres les gaulois » : ils sont fous ces historiens. Nouvel Observateur, 23 juin 2008.

BRUNAUX Jean-Louis. Nos ancêtres les gaulois. Seuil, Paris. 2008.

Marchand Philippe. Les attentes institutionnelles vis-à-vis de l’Histoire entre 1880 et 1940. Histoire@Politique, n°21. 2013.

DE COCK Laurence. Sur l’enseignement de l’histoire : Débats, programmes et pratiques de la fin du XIXème siècle à nos jours. Libertalia, 2018.

 

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