La frénésie de la photo en question(s)

La rentrée, n’est-ce pas là le meilleur moment pour regarder nos photos prises pendant les vacances ? Une photo du paysage, de nos pieds dans l’eau, d’animal mignon, d’une grimace de notre nièce…

Si ce n’est pas le cas de tout le monde, une majorité des personnes possédant un smartphone prend  des photos avec. Une étude Yougov montre d’ailleurs que « 50% des français utilisent uniquement ou principalement un smartphone pour prendre des photos ».

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source: enquête Yougov

 

En résumé, grâce à nos téléphones, on prend des photos de tout, tout le temps. Mais pourquoi ? Pourquoi ai-je pris mon chat qui dort en photo alors que j’ai déjà 100 photos de lui qui dort dans la même position ? Pourquoi ai-je pris mon petit déjeuner en photo ? Pourquoi me suis-je prise en photo ?

 

Petite histoire de la photographie

Tout d’abord, un petit récapitulatif de l’histoire de la photographie, depuis l’invention de la chambre noire jusqu’à la perche à selfie :

On attribue l’invention de la photographie à Nicéphore Niépce et à son associé Louis Jacques Mandé Daguerre (XVIII- XIXème siècle), bien que diverses découvertes antérieures leur aient été nécessaires pour aboutir à ces résultats. On leur doit en effet la chambre noire (1826), amenant ensuite Daguerre à l’invention du daguerréotype en 1839 qui connait un fort succès auprès du grand public, le temps de développement de l’image étant réduit de huit heures à quelques minutes. William Henry Fox Talbot a également un rôle important dans l’histoire de la photographie moderne. C’est à lui que l’on doit le négatif (en 1840), la base de la photographie argentique moderne, encore utilisé de nos jours.

Cependant, même si la photographie se popularise, il faut attendre la mise au point de négatifs souples par George Eastman en 1884 puis la sortie du premier Kodak, appareil photo portatif doté d’une pellicule que l’on envoie à l’usine une fois rempli pour se le voir retourné avec les photos développées. Un succès pour l’époque : cet appareil, coûtant 25$, s’est vendu à plus de 10 000 exemplaires.

K0005
source: Duke University Librairies (https://repository.duke.edu/dc/eaa/K0005)

La photographie pour autant, n’est pas à ce moment là aussi populaire qu’aujourd’hui, évidemment. Elle garde une valeur plus occasionnelle : on fait faire des photos à des professionnels lors des grands évènements. Puis, lors de la Première Guerre Mondiale, elle devient plus répandue et surtout on commence à faire des photos individuelles : de soldats, ou bien de leur femmes et enfants pour les leur faire parvenir ensuite.

Malgré cette impulsion, la photo reste réservée surtout aux classes bourgeoises. La mise en place de la photo de classe en 1920 permet à un grand nombre de se voir photographié en entier pour la première fois. C’est dans les années 60 que naît la pratique amateure de la photographie grâce à l’apparition d’appareils photos bon marché. Les albums photos consignent alors les souvenirs familiaux, du mariage aux vacances…

Aujourd’hui, grâce aux appareils photos numériques et aux smartphones, des milliards de photos sont prises chaque années. Ces nouvelles technologies permettent la prise, l’impression, le partage de photos en grand nombre et pour tout le monde.

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Source : Rapport annuel Flickr 2017 (DSLR = reflex, point and shoot = compact, mirrorless = hybride)

Le rapport annuel 2017 du site Flickr (site de partage de photos, aussi bien utilisé par les photographes amateurs que professionnels ) révèle d’ailleurs que la moitié des photos partagées sur la plateforme ont été prises par un smartphone, et également que 54% des utilisateurs utilisent comme appareil photo un iPhone.

On peut voir dans cela que l’arrivée du smartphone a véritablement bouleversé le fait de prendre une photo. Le geste, qui avant relevait de l’exceptionnel, est maintenant devenu banal pour beaucoup d’entre nous : cela entraîne forcément une hausse du nombre de photos prises en général, mais également une diversification des types de photos. On ne se contente plus de saisir l’instant, on peut désormais capturer n’importe quel moment anodin, sans plus réfléchir quant au rôle du cliché.

Mais voilà, maintenant que nous pouvons photographier tout et n’importe quoi, devons-nous forcément nous y atteler ?

 

Quelles pratiques photographiques ?  

L’enquête Yougov (citée en début de texte) propose un début de réponse à cette question. On y lit en effet que la principale raison de la prise d’une photo est – en France – la beauté de l’objet ou la scène photographiée. Jusqu’ici, rien de vraiment étonnant.

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source: enquête Yougov

Mais pourquoi photographier le beau, l’inspirant alors qu’on pourrait se contenter de l’admirer et de le graver dans sa mémoire ?

Là est toute l’utilité d’une photo : pas besoin de graver l’instant dans notre mémoire, il est sur notre écran. La photographie permet un accès facile au souvenir, elle constitue une sorte de mémoire virtuelle, c’est un excellent moyen de retrouver, revivre des émotions passées. La mémoire est un mécanisme par lequel l’humain se construit et évolue. Ainsi prendre une photo pour pouvoir la regarder ensuite c’est juste répondre à un besoin humain : on photographie un moment de joie pour ressentir cette joie ensuite, la faire vivre au fond de nous une fois l’instant écoulé.

La photo a donc ce rôle primordial de souvenir, mais elle permet également le partage et dans une plus grande mesure la communication. Bien évidemment on peut penser à la photo de publicité, que l’on voit partout et qui nous touche bien plus que ce qu’on ne le pense, mais également à la photo partagée sur un réseau social. Facebook, Instagram, Flickr…Nombreux sont les sites dédiés (entièrement ou non) au partage de photos et leur utilisation en forte progression durant ces dernières années le montre bien : nous prenons des photos aussi pour les montrer.

En 2013, 64% des 15-30 ans postent leurs photos sur les réseaux sociaux. (source : enquête ipsos(*))

En juin 2018, l’application Instagram a passé la barre du milliard d’utilisateurs (source : le compte instagram du patron du réseau Kevin Systrom) , dont 500 millions d’actifs quotidiens.  Parmi les photos postées, des paysages, des selfies, des photos de nourriture… Les Igers (utilisateurs d’Instagram) partagent leur vie, mais sous son plus bel angle uniquement : ici, la photo est une vitrine, une sorte de publicité pour sa propre vie. Elle répond a un besoin de reconnaissance, d’admiration. Certains y voient du narcissisme, peut être un peu, mais la généralisation est dangereuse. Tout simplement, les utilisateurs de l’application publient selon les codes et normes de celle-ci et par extension, de leur génération.

 

Et après ? 

Le nombre de photographies prises par an est donc en constante progression et dans le contexte actuel il est impossible de ne pas penser à l’impact environnemental de ce phénomène. Que devient la photo une fois prise ? Beaucoup choisissent un support numérique et avouent ne plus les regarder ensuite. D’autres, moins nombreux, choisissent de les rassembler en un album photo.

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source: enquête Yougov

Si l’on peut a priori penser qu’imprimer ses photos est plus polluant que de les stocker sur un ordinateur ou un Cloud vis-à-vis du papier utilisé, il est mieux d’y regarder à deux fois avant de prendre sa décision. En effet, les solutions de stockage que sont les supports numériques ont un impact environnemental très fort. Tout d’abord à cause de l’énergie consommée lorsque les photos sont visionnées, téléchargées, stockées, mais également car ils nécessitent un équipement : ordinateurs, smartphones, tout autant d’objets polluants à la production, à l’utilisation ou au recyclage (qui demeure très rare).

Si l’on veut stocker nos photos, il convient donc de se demander quel usage va-t-on en faire : de manière générale, plus la durée de consultation et/ou de conservation est courte, plus le support numérique est préférable, au cas échéant l’impression papier sera la meilleure alternative.

Une autre solution au problème du stockage serait sinon de prendre moins de photos : perdre en quantité mais y gagner en qualité. Enfin, c’est une autre question…

 

Sources :

Enquête Yougov :

Sur l’histoire de la photo :

Rapport annuel Flickr 2017:

Enquêtes Ipsos :

 

Sur la question du papier face au numérique pour le stockage des photos :

 

 

Pour aller plus loin sur l’impact environnemental des nouvelles technologies :

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