Introduction à la Fantasy

On peut atermoyer longtemps autour du terme de fantasy. Qu’est-ce qu’il recoupe ? Qu’est-ce qu’il représente ? Qu’est-ce qu’il englobe ? Il s’agit d’un terme anglais, il s’agit du merveilleux, du fantastique, de la fantaisie, etc. Ce débat est le symptôme d’une question plus large, qu’est-ce que la fantasy ?

Hùrin et Huor arrivent à Gondolin - Alan Lee
©Alan Lee/Hùrin et Huor arrivent à Gondolin

Alors outre un genre littéraire bien trop déprécié, sous-coté et moqué, il s’agit d’un genre assez difficile à définir qui puise ses racines dans des types de littérature très variées, de la légende arthurienne au roman historique en passant par les récits de guerre. Pour résumer, nous allons dire qu’il s’agit d’un genre se déployant à la croisée entre le fantastique et le merveilleux. Donc oui, il y a des fées, des chevaliers, des princesses, des bardes, des quêtes, des objets magiques, des rois, des nains, des orcs, des elfes, des baguettes magiques, de vieux mages, des batailles épiques, des héros, des traîtres, des victoires, des défaites, etc. Oui il y a des clichés. Mais il y a aussi des personnages torturés, des infirmes, des salauds, des assassins attachants, des chevaliers antipathiques, des sorcières, des personnages ambivalents, de sages barbares et des fous civilisés, de la politique, de la philosophie, des questionnements, des récits horrifiques, des mercenaires qui ne s’embarrassent pas du bien et du mal, des auteurs qui ne s’embarrassent pas du bien et du mal. Il y a aussi de bons auteurs, de très bons récits de fantasy classique et de mauvais récits de fantasy atypique. Il s’agit véritablement d’un genre à part entière, avec ses figures tutélaires, ses codes, ses filous, ses ratages et ses défauts (même s’il y en a peu…). Ainsi, J.R.R. Tolkien disait « La Faërie recèle bien d’autres choses, en dehors des fées et des elfes, mais aussi des nains, sorcières, trolls, géants et dragons : elle recèle les mers, le soleil, la lune, le ciel ainsi que la terre et toutes les choses qui s’y trouvent : arbres et oiseaux, eau et pierres, pain et vin, et nous-mêmes, mortels, lorsque nous sommes gagnés par l’enchantement. »

XIXème et début du XXème siècle, les prémices

La fantasy s’inspire de nombreux récits, la plupart des récits mythologiques, religieux ou merveilleux du Moyen-Âge. La matière de Bretagne, etc. Les contes sont eux aussi extrêmement importants dans l’élaboration de la fantasy. Pour faire court, la fantasy apparaît durant le XIXème siècle et n’est alors pas perçue comme telle, elle n’est pas

Der Ring des Nibelungen
L’Anneau du Nibelung

déconsidérée comme elle le sera plus tard. La fantasy nous fournit d’ailleurs l’une des plus belles œuvres musicales de la période et sûrement une des chansons les plus emblématiques qui soit : Der Ring des Nibelungen (l’Anneau du Nibelung en français) avec La Chevauchée des Walkyries, de Wagner.

Mais c’est au XXème siècle que le genre prend véritablement son envol. Avec quelques auteurs français et écossais, mais surtout avec le développement des pulp et les publications de deux auteurs. Les pulp sont des récits publiés dans des magazines peu chers et sont souvent de mauvaises qualités. C’est d’ailleurs sûrement à ce moment-là que la fantasy commence à être vu comme un sous-genre de mauvaise qualité (comme la science-fiction), car publiée dans ces magazines. L’un d’entre eux, Weird Tales, se spécialise dans les récits de fantasy et publie notamment un auteur, Robert E. Howard. Son nom peut ne rien dire, mais son œuvre est connue de tous, c’est le père de Conan le Barbare. Dans le même temps, un autre auteur fait surface, H.P. Lovecraft, principalement connu pour Le mythe de Cthulhu. On a déjà là, dès le début de l’essor de la fantasy, la constitution de deux univers fort, l’un protohistorique-fantastique et l’autre horrifique, sombre et torturé. Ces deux univers vont être très importants puisque l’un va imposer la figure du héros mythique et solitaire de l’heroïc-fantasy, tandis que l’autre va amener une dimension horrifique et fantasmagorique au genre. Rappelons qu’en parallèle J.R.R. Tolkien fait ses études, la Première Guerre mondiale et commence à écrire.

J.R.R. Tolkien et la diffusion du genre

Nous allons maintenant effectuer un bond dans le temps jusqu’en 1937. Une petite date qui est à l’origine d’une des œuvres les plus adulées du XXème siècle, c’est la date de

J.R.R. Tolkien
© C.M. Tholens/J.R.R. Tolkien à Rotterdam en 1958

publication du Hobbit. « Dans un trou vivait un hobbit. » C’est comme cela que commence Le Livre Rouge de la Marche de l’Ouest, l’ensemble des ouvrages écrits par Bilbon et Frodon Sacquet, et qui nous est rapporté par J.R.R. Tolkien dans Le Hobbit, Le Seigneur des Anneaux (en 1955), Le Silmarillion, Les Enfants de Hùrin,… Il serait intéressant d’en parler de façon plus approfondie, mais ce n’est pas le sujet ici. Toujours est-il que l’œuvre gigantesque de Tolkien (poursuivie par son fils qui met en forme et édite aujourd’hui encore ses écrits inachevés) va marquer de façon indélébile la fantasy. La globalité de son univers, sa cosmologie, sa cohérence, ses langues, ses histoires impressionnent depuis des décennies les lecteurs et les auteurs. A tel point qu’il en est devenu difficile de s’en détacher pour certains, amenant même à des sortes de versions remâchées du Seigneur des Anneaux (L’Epée de Shannara pour n’en citer qu’une). La diffusion du Seigneur des Anneaux dans le reste du monde va avoir pour effet d’imposer ce type d’univers médiéval-fantastique et la mythologie nordique comme principale source d’inspiration ; mais cela va aussi empêcher d’autres auteurs de l’époque de sortir de l’ombre gigantesque de Tolkien, c’est notamment le cas de Michael Moorcock. S’il est vrai que la qualité des écrits de Tolkien justifie cela, ce n’en est pas moins dommageable.

Cependant, à la fin des années 1970 et au début des années 1980 apparaissent deux auteurs qui vont venir renouveler le genre. Il s’agit tout d’abord d’Ursula Leguinn (enfin une femme), qui, avec son Cycle de Terremer débuté en 1977, amène un nouveau type d’univers avec son archipel fantastique. Mais c’est le deuxième qui amène une rupture véritablement brutale avec ce qu’il se faisait précédemment. Il s’agit de Glen Cook et des Annales de la Compagnie Noire, dernière compagnie franche du Khatovar. On entre ici dans les entrailles d’une compagnie de mercenaires pour qui le bien et le mal n’existe pas (trop) et pour lesquels les guerres ne sont (presque) jamais trop sales. Le style aussi amène une rupture et il serait également intéressant d’y accorder un développement. En tous les cas, ce rapprochement entre horreur, fantasy et carnet de bord va populariser la dark fantasy (dans les pays anglo-saxons tout du moins puisqu’il n’arrivera qu’à la fin des années 1990 en France…toujours sur le coup nos éditeurs !).

Fin du XXème et début du XXIème siècle, renouveau et expansion

Maintenant que la fantasy s’est répandue sur l’ensemble du globe, les années 1990 arrivent pour être quatre fois bénies et une fois maudites. Elles voient l’apparition de trois petites séries au succès mitigé, le tragique Assassin Royal de Robin Hobb, les jolies

Le Trône de Fer - Marc Simonetti
© Marc Simonetti/Le Trône de Fer

aventures d’Harry Potter de J.K. Rowling et le terrible Trône de Fer de G.R.R. Martin. La dernière bénédiction de cette décennie est la découverte du Trône de Fer, et de La Compagnie Noire, par toute une nouvelle génération d’auteurs qui formeront un nouveau mouvement (une Troisième Vague diront certains) durant les années 2000. Parmi ceux-ci, il y a Joe Abercrombie que le manque de talent est loin d’étouffer. La malédiction de cette décennie par contre c’est Terry Goodkind. Un type qui arrive à étaler sur une quinzaine de livres sans saveur une histoire fade dans un univers au mieux presque original. En soi, ça en devient presque une performance.

On va passer rapidement sur les années 2000-2010 si ce n’est pour dire que la série Harry Potter emporte tout sur son passage, qu’une sympathique série cross-over entre Donjons&Dragons et Le Seigneur des Anneaux aura un gros succès (Eragon) et que de nouveaux auteurs anglo-saxons apparaissent (Joe Abercrombie, Scott Lynch, Brian Sanderson, Patrick Rothfuss). D’autre part la fantasy française décolle (Jean-Philippe Jaworsky, Jean-Laurent Del Socorro, Lionel Davoust, Pierre Bottero, Erik L’Homme) et les incursions au cinéma et à la télévision de la fantasy marquent les esprits (Le Seigneur des Anneaux, Harry Potter, Game of Thrones).

Sans partir dans un autre historique (premièrement parce que je ne m’y connais pas assez et deuxièmement parce que ce serait trop long), on peut remarquer que la fantasy s’est très bien exportée sur d’autres supports, comme les comics et la bande dessinée, avec Thorgal par exemple. Il vient rapidement aussi à l’esprit les jeux de plateaux avec le mythique Donjons&Dragons et les jeux de figurines avec le non moins connu Warhammer. Plus étonnamment, le genre fera des incursions dans la musique, après Wagner viendront Pink Floyd ou King Crimson. Et enfin, n’oublions pas le jeu vidéo avec deux ou trois petites séries, comme les Elder Scrolls (Oblivion, Skyrim), The Witcher (adaptation d’une série de livres polonaise) et Diablo. Bref le genre se porte bien et il s’exporte bien (parce qu’on tient à faire des jeux de mots de qualité ici).

Alors, à la fin de ce (long) exposé on peut déjà dire une chose, c’est qu’il s’agit d’un genre s’étant principalement développé chez les anglo-saxons avant de se diffuser et de s’enrichir de nouveaux auteurs. Cela a pu conduire à une surreprésentation des univers celtiques et médiévaux, ainsi qu’à une importante inspiration des mythologies celtiques et nordiques. Mais depuis quelques années, cela évolue avec l’apparition d’univers exotiques et originaux. Egalement, il peut paraître étonnant que l’œuvre incontournable d’un genre souvent mal considéré ait été écrite par un universitaire anglais reconnu, J.R.R. Tolkien. Se pose également la question de pourquoi lire, regarder, jouer ou écouter de la fantasy ? S’il faut d’autres raisons que l’envie de passer de bons moments, lire des chefs d’œuvres et se familiariser à de nouvelles formes de littératures que pourrait-on dire ? Et bien les arguments sont un petit peu les mêmes que pour les autres genres de l’imaginaire : savoir faire appel à son imagination ; pouvoir évoluer dans des mondes affranchis des conventions sociales, politiques, morales du notre ; pouvoir aborder des thèmes difficiles (la mortalité, la moralité, les mœurs) ;  découvrir de nouvelles façons de voir le monde ; pouvoir aborder les problèmes de notre monde de façon détournée ; etc. En bref, pouvoir rêver et s’interroger.

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