Devilman Crybaby : les clés d’une adaptation réussie

Netflix a sorti le 5 janvier dernier une adaptation du cultissime Manga DEVILMAN de Go Nagai publié entre 1972 et 1973 dans le Weekly Shonen Magazine. Attention, public averti seulement, cet animé ne convenant pas à tout âge car contenant énormément de scènes pouvant heurter la sensibilité des plus jeunes. Cependant si vous n’avez toujours pas vu cette œuvre, je vous conseille fortement de la regarder ; c’est un modèle d’adaptation qu’il faut nécessairement voir si vous êtes fan d’animés.

Cette adaptation nous plonge dans un univers sanglant et violent où les démons resurgissent dans le but d’exterminer l’humanité. Au milieu de cela se trouve Akira, un jeune homme qui a la capacité de se changer en démon mais qui a néanmoins conservé son cœur d’humain. L’intrigue est ainsi la même que celle du manga de base. A première vue je vous l’accorde, cela peut paraître sombre, d’autant plus que l’animation est relativement clivante. En effet, la réalisation est parfois grotesque et ne respecte pas forcément le sens des proportions, mais cela a un véritable sens et sert parfaitement le propos de l’animé ; il faut bien comprendre que la réalisation n’est à aucun moment en recherche de réalisme. Cette animation nous dépeint ainsi un monde bestial où l’humanité se meurt peu à peu. Cela explique en partie pourquoi par moment les personnages se trouvent déformés. Il y a ici une volonté de nous dévoiler la face sombre des hommes, abandonnant peu à peu leur humanité au fil de l’intrigue. L’animation ainsi que la réalisation sont donc un très bon point de cette adaptation : le parti pris qui s’avère être une réussite. Par ailleurs, le tout se trouve sublimé par une OST de grande qualité ce qui est une réelle plus-value par rapport au format papier, tout ceci participant grandement à l’immersion du spectateur dans cette œuvre.

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Cette série de 10 épisodes (20 minutes chacun) réussit le pari risqué d’adapter la critique du Japon de 1970 par Go Nagai à la société d’aujourd’hui. Devilman le manga d’origine, est une œuvre subversive qui en propose une satire. L’enjeu de cette adaptation est de conserver cette critique, tout en l’adaptant au contexte actuel.

En ce sens, le manga d’origine nous expose une société japonaise ultra conservatrice où l’un des personnages principaux, Mikki, est dépeinte comme une femme libérée. Si cela pouvait sembler particulièrement choquant dans le Japon des années 70,  ça ne l’est plus autant désormais. Cette adaptation s’est donc attachée, sans dénaturer l’œuvre d’origine, à nous exposer les problèmes sociétaux actuels tout en conservant la problématique principale du manga.

L’œuvre d’origine s’efforçait à cristalliser les maux de la société, notamment par le biais d’un groupe de voyous devenu dans l’adaptation un groupe de rap. Ce choix se trouve fort bien inspiré, le rap étant une musique contestataire visant à dénoncer les problèmes du monde actuel.

2018 oblige, on retrouve aussi les réseaux sociaux et les smartphones, ainsi que la manipulation de masse entrainée par ces nouveaux moyens de communication. Cet animé amène forcément à des questions, notamment les excellents épisodes 8, 9 et 10. Il y a beaucoup à dire sur ceux-ci, tant ils sont extraordinaires. Sans vous spoiler ils amènent à une profonde remise en question et réussissent quelque chose de très difficile : toucher le spectateur en lui faisant ressentir des émotions. C’est tout bonnement impossible de rester de marbre devant ces trois épisodes qui resteront longtemps gravés dans vos mémoires. Sans plus vous en dévoiler, leur réalisation s’avère subtile et le propos sous-jacent est intelligemment amené. Cela vous entraîne, vous prend au piège et vous bouleverse. On pourrait même attribuer à cet animé une fonction cathartique.

Devilman aborde plusieurs thèmes d’actualité comme la différence, notamment avec le personnage de Mikki qui est métisse, ou encore Akira qui est à la fois humain et démon. Assurément cet animé essaie de nous faire passer un message : quoi qu’il advienne, nos différences se trouveront toujours pointées du doigt. En somme, lorsque l’on réussit quelque chose ce sont ces mêmes différences qui nous rendent extraordinaires et lors de nos échecs ce sont encore elles qui se trouvent désignées responsables, renforçant ainsi l’attention et le rejet. Cela peut paraître fataliste mais c’est une manière d’en faire prendre conscience au spectateur.

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La prise de conscience, c’est exactement ce que vise cette œuvre, que ce soit le manga d’origine ou encore l’adaptation, notamment par sa problématique principale : qu’est ce qui caractérise l’humanité ?

Tant de questions suscitées par cet animé nous poussent à la réflexion et trouvent réponse dans cette adaptation.

« On est tous terriblement humains » vous répondrait Pascal Praud ; réponse simpliste,  je vous l’accorde. Heureusement l’œuvre ne se contente pas de cela et apporte une réponse via le personnage d’Akira, démon versant des larmes, au contraire des humains qui montrent au fil de l’histoire de plus en plus de cruauté, se rapprochant ainsi de l’image que l’on peut se faire des démons. Le sens de ces larmes se trouve être l’humanité elle-même, c’est-à-dire que ce qui définit l’humanité est la compassion, permettant ainsi de distinguer humain et démon. Le but de cette oeuvre reste la mise en garde du spectateur et sa prise de conscience du fait qu’on ne doit jamais cesser d’avoir de l’empathie ou de ressentir des émotions, au risque de perdre notre humanité. Ainsi le titre de l’adaptation «  Devilman Crybaby », là où le manga d’origine se contente de « Devilman », apporte une autre vision : les larmes d’Akira se trouvent au cœur de la symbolique.

Cette adaptation est donc une franche réussite car elle a notamment le mérite de plaire aux anciens fans du manga tout en satisfaisant un nouveau public en l’adaptant à la société actuelle. N’est-ce pas là le but d’une adaptation ?

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