Février sans supermarché : le défi

            C’est un défi qui nous vient de Suisse, initié par Léa Candeaux Estevez, et qui s’étend cette année à la France, entre autre grâce l’association En Vert Et Contre Tout.

Adepte de la démarche Zéro Déchet, du minimalisme, et plus généralement de tout ce qui touche à la protection de l’environnement, je me suis donc lancée dans ce défi et, le mois de février étant écoulé, je vous en parle aujourd’hui.

en vert et contre tout
©En Vert Et Contre Tout
Le principe, les objectifs

            Le principe du défi est clair : il s’agit d’éviter les supermarchés pendant tout le mois de février au profit de plus petits commerces (épiceries, maraîchers, producteurs locaux, etc…). Bien sûr, cela reste relativement flexible et on peut l’adapter selon nos modes de vie : un petit pas est déjà un pas.

Si l’intérêt de cette démarche paraît évident pour certains, il ne l’est peut être pas pour tout le monde et un petit rappel n’est jamais de trop. Le but principal est de repenser sa consommation, dans un souci écologique, éthique mais aussi dans dans un souci de santé.

            L’aspect écologique est peut être celui qui nous vient à l’esprit en premier. Les grandes surfaces sont à l’origine d’une quantité de déchets considérable : de la naissance du produit jusqu’à sa présence dans votre caddie, chaque étape produit sa dose de déchets. Aussi, en plus de ce problème, il y a celui de l’énergie dépensée. En cela, les circuits courts ont l’avantage d’être nettement moins énergivores : souvent cultivés selon les principes de l’agriculture raisonnée ou biologique (mais pas systématiquement cependant) et transportés sur de plus courtes distances, ils nécessitent moins d’énergie lors de leur production.

De plus, des fruits ou légumes cultivés dans des régions qui ne leur sont pas naturellement adaptées vont demander eau, chaleur et parfois CO₂ qui devront leur être apportés artificiellement. Par exemple, l’eau nécessaire à la culture de fruits dans une zone aride sera pompée dans les nappes phréatiques : c’est un processus extrêmement coûteux en énergie et qui abîme particulièrement les sols [1].

fevrier sans super serres.jpg
©JOSE LUIS ROCA / AFP

 

            Aujourd’hui, la question de la santé est également une préoccupation grandissante lors des achats alimentaires. Or, on en a eu la confirmation récente, les aliments ultra-transformés, très présents en grandes surfaces, sont réellement dangereux pour la santé [2]. Les supermarchés ne poussent pas vraiment à une consommation équilibrée, et quand ils semblent le faire, il y a bien souvent anguille sous roche: une poêlée de légume surgelée ou une soupe en brique par exemple peuvent paraître « saines » mais comportent la plupart du temps des graisses et sucres cachés, une quantité de sels trop élevée, des additifs de toutes sortes… Il suffit de lire quelques listes d’ingrédients et vous en aurez la preuve.

En achetant des produits peu, voire non transformés, dans des commerces locaux, vous aurez non seulement la garantie de savoir ce qu’il y a dans vos plats, mais vous aurez en plus récompensé un producteur de votre région.

            Nous en arrivons donc à l’aspect éthique du défi. Nous avons en tant que consommateur un important pouvoir grâce aux achats que nous faisons. Chacun de nos achats est un geste qui doit être réfléchi car il a des conséquences : acheter bouteille de Coca-Cola n’a pas le même impact qu’acheter de la limonade artisanale. La question que nous devons nous poser est la suivante : « à qui veux-je donner mon argent ? » ; c’est une histoire de principe. Personnellement je préfère, dans la mesure du possible, savoir où va mon argent. Par exemple au lieu d’acheter mes légumes à Leclerc, je les achète au marché ou directement chez le maraîcher.

Ayant déjà conscience de la plupart des faits énoncés au dessus, j’ai voulu pousser mon engagement plus loin et ai donc pris part au défi.

Réalisation du défi, inconvénients, limites

            J’ai eu vent de ce défi via l’événement créé à cette occasion par la page Facebook de l’association En Vert Et Contre Tout. Après l’avoir parcouru en diagonale et m’être dit que ça demandait trop d’effort pour moi, j’ai changé d’avis et me suis dit que c’était une bonne chose pour essayer de changer mes habitudes de consommation.

Mon récit n’aura pas grand intérêt si ce n’est vous pousser vous-même à bousculer ces habitudes. En premier lieu, il me paraît important de mentionner le fait que je vis seule et qu’étant étudiante, je n’ai pas d’énormes moyens. J’ai donc établi une liste de produits pour lesquels je pouvais me rendre au supermarché : papier toilette, litière du chat…

            Puis je me suis lancée. Je me suis renseignée sur les différents points de ventes qui s’offraient désormais à moi : des épiceries vracs et locales, le marché, les magasins de producteurs et magasins bio en dernier recours. J’ai affiché sur mon frigo les fruits et légumes de saison et je suis allée faire mes 1ères courses. Au début un peu hasardeuses, mes courses se sont vites transformées : voyant que traîner au marché en quête d’idées ne menait pas à grand chose, j’ai fait en sorte de prévoir mes repas de la semaine et ai élaboré des listes de courses détaillées en fonction des produits dont j’avais besoin et des lieux où je devais aller. Je me suis remise à cuisiner en avance, à congeler : en bref, je me suis organisée. Cela m’a demandé un peu de temps et de réflexion au début, mais tout n’est qu’une question d’habitude. Bien sûr, j’ai aussi fait quelques entorses : en plus des produits présents sur ma liste d’exceptions, il m’est arrivé de filer au Carrefour en quête urgente d’un produit car c’était la seule solution qui s’offrait à moi.

vrac
Daylesford © leslouves.com

Ce défi n’a pas vraiment été très difficile donc pour moi, mais j’ai des avantages : je mange peu par exemple : cela ne m’a donc pas coûté trop cher.

            En effet, nous n’en avons pas encore parlé, mais la question du coût est évidemment capitale. Il serait hypocrite de dire qu’une alimentation saine est à la portée de tous. Financièrement, ça n’est absolument pas le cas. Mais il ne faut pas non plus penser qu’il n’y a aucun moyen de consommer mieux quand on a peu de moyens. Là aussi, de la réflexion et quelques connaissances sont nécessaires : tout ce qui est biologique n’est pas plus cher. Une bonne connaissances des produits de saison permettra par exemple d’éviter d’acheter des courgettes en janvier (qui seront moins chères en été). De nombreux produits de base commercialisés en vrac reviennent moins cher que ceux achetés en grande surface, etc…

            Le second inconvénient qui s’est posé à moi est celui du temps : éviter les aliments transformés c’est cuisiner plus, et la cuisine demande du temps. Mais, au fur et à mesure, tout va plus vite, il ne faut pas s’arrêter aux premiers obstacles. Il ne s’agit pas ici de cuisiner un bœuf bourguignon à tous les repas : couper quelques légumes bien choisis et les passer à la poêle ne demande pas beaucoup de temps. Tout est une question d’habitude.

            En bref, ce défi m’a beaucoup intéressée et m’a permis de remettre en question mes choix alimentaires. J’ai pris la décision à l’avenir d’éviter les grandes surfaces autant que faire se peut et de manière générale les marques que je n’estime pas respectueuses de l’humain ou de l’environnement. Je fais ce choix mais ne l’impose à personne, et surtout, je ne blâme personne. Car c’est une question qui peut se poser : « A qui la faute ?» Tantôt c’est le consommateur, tantôt nous ne sommes que des pions dans le système de consommation tel qu’il est conçu actuellement. Difficile de se positionner, il faut faire la part des choses. On fait les efforts qu’on peut et il ne faut pas blâmer le consommateur de grande surface. Le mieux est sans doute de maximiser les efforts individuels mais sans oublier que la lutte peut se faire à plus grande échelle : des boycotts bien organisés pourront par exemple avoir des répercussions importantes sur les choix d’une entreprise… [3].

A vous de choisir !

Pour aller plus loin:

[1] La chaîne YouTube Le Tatou a traité le sujet dans une vidéo très constructive à retrouver ici.

[2] Etude de l’INSERM : https://presse.inserm.fr/consommation-daliments-ultra-transformes-et-risque-de-cancer/30645/

[3] La plateforme i-boycott, à retrouver ici, est un exemple intéressants des moyens de luttes à grande échelle.

 

Un commentaire

  1. Merci pour cet article instructif. Je ne me fixe pas forcément de défis sur un mois mais j’ai constaté que moins j’allais dans les grandes surfaces, plus je mangeais en conscience avec des produits frais, locaux.
    Concernant les moyens de se nourrir pour moins cher avec des fruits et légumes de qualité, je suggère d’aller à la fin des marchés demander aux commerçants les fruits abîmés / moches que les cons-ommateurs ne voudront pas acheter. Il m’est arrivé en demandant des rabais sur ces produits qu’on me les donne ! En magasin bio, il y a aussi en général un bac à -50% permettant d’acheter par exemple des bananes qui ont noirci mais qui sont consommables !

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