L’Etat et le service public

SNCF
© Philippe Mirville/Mont Blanc Express

« C’est précisément parce que la force des choses tend toujours à détruire l’égalité, que la force de la législation doit toujours tendre à la maintenir. »

Si Rousseau n’est pas tombé par terre en développant ses idées, certaines d’entre elles ont néanmoins pris l’eau. Ce n’est pas le cas du contrat social.

            Après ce mauvais calembour, je vais tenter d’expliquer pourquoi je développe ici la notion du contrat social. Cette idée est d’abord développée par Rousseau dans le bien nommé Du contrat social. Celui-ci est paru aux Provinces Unies à Amsterdam en 1762, Rousseau y développe la thèse que les Hommes acceptent une limitation de leur liberté à travers un gouvernement et des lois afin que soient garanties la liberté, l’égalité et une forme de sécurité au plus grand nombre.
C’est là une idée qui influencera beaucoup les bourgeois et donc les révolutionnaires. C’est même la base de la pensée qui va amener à la constitution de l’Etat tel qu’il est aujourd’hui en France. Afin de garantir la liberté et l’égalité de tous, on restreint la liberté de chacun. « La liberté s’arrête là où commence celle d’autrui. » On peut débattre de la réalité effective de ce concept, de sa formulation, de sa validité même, toujours est-il qu’il s’agit là d’un des principes fondamentaux de la construction de la France telle qu’elle est aujourd’hui.
L’Etat est là pour protéger ceux qui en font partie. C’est comme ça que l’Etat est conçu, et telle est (censée) être sa mission. C’est dans cette logique qu’a été construit, petit à petit, laborieusement, le service public. Il est là pour remplir la mission de l’Etat, garantir à ses citoyens liberté, égalité et protection. C’est pour cela qu’ont été créés la SNCF, la Sécurité Sociale, l’Education Nationale, les hôpitaux publics, l’Office National des Forêts, la Poste, etc. Il s’agit là d’une activité d’intérêt général assurant une mission de service public et c’est pour cela que l’argument de la rentabilité ne tient pas, l’intérêt général ne peut souffrir la rentabilité. Si il est rentable tant mieux, sinon tant pis mais la mission de service public doit être assurée.

            Passée cette présentation du contrat social et du service public, entrons dans le vif du sujet. La SNCF. Le gouvernement actuel cherche à réformer la SNCF. On est dans une période où la réforme est très à la mode il faut le savoir et on ne peut s’y opposer. La SNCF, cette entreprise lente, toujours en retard, immobiliste, gréviste, et pire que tout déficitaire. Une entreprise dont chacun n’a pas l’utilité et dont les lignes coûtent cher au contribuable. Enfin qui coûtent cher à la répartition des impôts du contribuable.
On pourrait opposer des arguments triviaux comme « si des gens prennent le train c’est ça de moins sur les routes » ou « si les chargements de fret ne passent plus sur les rails, ils devront passer par les routes » ou bien « si il y a des gens qui prennent le train alors il faut leur permettre de le prendre » ou encore « plus il y aura de gens dans les trains, moins il y aura de voitures, donc il y aura moins de pollution ». Mais les gens ne sont pas très friands de cela aujourd’hui.
Alors on va aborder le problème sous un autre angle, l’enclavement. Ces lignes qui sont déficitaires, se trouvent être pour la plupart dans des contextes ruraux. Les zones rurales sont déjà souvent enclavées, pour le meilleur et pour le pire. Pour le meilleur cela peut permettre de développer de nouvelles formes de productions, de consommation, de nouvelles façons de vivre, etc. Pour le pire, la difficulté à accéder à des soins, à certaines formes de cultures, etc. Je ne sais pas si quelqu’un ici a déjà pris des routes de campagnes, mais ce n’est pas toujours la joie. Sinuosité des routes, étroitesse, mauvais état, parfois impraticables après des chutes de neiges, de violentes pluies ou une tempête,… Le train, malgré tout ce que l’on peut en dire, reste un moyen de locomotion alternatif et parfois incontournable. Alors quoi ? Si l’on ne peut pas prendre le train on prend sa voiture ? Et si l’on ne peut pas prendre sa voiture qu’est-ce qu’on fait ?

            Il se joue aussi autre chose avec cette réforme de la SNCF et particulièrement la réforme du statut des agents de la SNCF. Avec cette réforme du statut d’agents d’un service public, le gouvernement d’Edouard Philippe se trouve une porte d’entrée pour s’attaquer au reste du service public et à ses agents, à la fonction publique.
En effet, si en s’attaquant à une forme du service public il ne rencontre aucune résistance et si la fonction publique ne fait pas preuve d’unité et de solidarité entre elle, qu’est-ce qui pourrait bien empêcher le gouvernement de s’attaquer au reste ? D’autant plus qu’il s’agirait d’une harmonisation sociale. Les « privilèges » tomberaient et l’égalité serait restaurée. Mais ce n’est pas comme cela que ça marche. Ces avantages, et non ces privilèges, devraient être accordés à tous et non pas enlevés à quelques-uns !
Prenons l’exemple des jours de carences qui jusqu’à peu n’étaient pas présent dans la fonction publique, c’est une honte. En effet, c’est une honte, mais ce n’est pas une honte que certains en soit exemptés, c’est une honte que cela existe. Ce n’est pas de notre faute si nous tombons malades ! Et après tout si nous ne sommes pas payés lorsque nous sommes malades parce que nous ne travaillons pas, pourquoi serions-nous payés durant nos vacances, nous ne travaillons pas ! Retournons également au week-end dominical, aux journées interminables et au début du XXème siècle.

            Sans grossir le trait, si nous ne nous battons pas pour la survie du service public, c’est tout un modèle social qui sera remis en cause. Mais après tout, est-ce un mal ? Si le français lambda ne prend pas le train, pourquoi devrait-il payer pour lui ? Pourquoi devrait-il payer pour l’éducation des enfants des autres ? Et pour les soins des autres ? Et bien parce que les autres payent pour lui. C’est la base-même de la chose, chacun paye pour tout le monde et tout le monde paye pour chacun. Oui, j’ai tenté une remise au goût du jour du « Un pour tous et tous pour un ! » mais avec la notion d’argent c’est tout de suite moins classe.

           Alors, on peut détruire le service public, on peut même détruire le contrat social ; mais il faudrait aussi se rappeler que pour faire un contrat il faut être au moins deux.

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