Baron Noir, les errances d’un idéaliste

            A la base je comptais sur le titre « Baron noir, fiction politique ou politique fiction ? » mais il était déjà pris. Néanmoins ce titre qui n’est pas le mien révèle plutôt bien ce que fait Baron Noir, une plongée dans la politique française.

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© Mathieu Zazzo/Canal+

            Certains critiquent cette série car elle ne serait qu’un « House of Cards » à la française, j’en faisais d’ailleurs partie. Cependant à la suite d’une campagne de pub extrêmement ratée, lourde et vulgaire pour la saison deux, j’ai commencé la série ; finalement cette campagne de pub n’était pas si ratée. Bref, certains critiquent Baron Noir comme un « House of Cards » en moins bien (forcément puisque c’est français) mais n’ayons pas peur des mots : avec cette saison deux, Baron Noir est meilleure que sa grande sœur américaine.
Premièrement, les deux séries bien qu’étant dans le même monde de la politique, ne mettent pas du tout en avant le même type de personnages. Si Frank Underwood (Kevin Spacey) et Claire Underwood (Robin Wright) mettent tout à feu et à sang, même leur pays, pour leur ambition et leur survie ; Philippe Rickwaert (Kad Merad), Francis Laugier (Nils Arestrup) et Amélie Dorendeu (Anna Mouglalis) font tout ce qu’ils peuvent pour accéder au pouvoir et faire ce qui leur semble bon pour la France. Grâce à la dimension française de « Baron Noir » et la proximité que cela apporte on saisit rapidement les enjeux, les liens politiques, la géographie, les références et le vocabulaire de cette série.

            Après avoir évacué les comparaisons, parlons de la série en elle-même. Celle-ci nous montre comment des hommes et des femmes, ambitieux et ambitieuses cherchent à accéder au pouvoir et mettre en place leur politique ; on pourrait résumer la série à cela mais ce serait oublier les luttes d’ego, de pouvoir, de personnes, les amitiés trahies, les trahisons politiques, la volonté de survivre. Mais aussi les affrontements d’idées.
Ce dernier point en fait une réelle série politique et non pas une série sur les politiques. C’est sa volonté de coller au plus proche de la réalité et de montrer les dessous des luttes de pouvoirs au sein d’un parti, d’un groupe, d’un monde politique qui fait de cette série une œuvre éminemment politique.

            Si la première saison était parfois un peu facile, notamment sur la résolution de la crise entre Laugier et Rickwaert, la saison 2, elle, est faite d’un autre bois. Vraisemblablement écrite au court des campagnes présidentielles et législatives de 2017, on reconnaît aisément les grands acteurs de cette période. On trouve pêle-mêle un dirigeant de la gauche de gauche ancien du PS, une présidente jeune et jupitérienne, une droite prise dans l’étau d’une politique libérale proche du pouvoir ou d’une politique nationaliste proche de l’extrême-droite, etc. Bref, nous sommes bien dans la France politique post-élections 2017.
Et c’est le point que j’abordais plus haut, la particularité de cette série (notamment écrite par un ancien du PS proche de Julien Dray) est qu’il s’agit d’une réalité alternative à la nôtre. Encore qu’alternative soit un grand mot, puisqu’au contraire, la série cherche à coller à notre monde politique et à ses tensions.

            Il faut aussi parler de Kad Merad. Un grand doute me tenait au moment de commencer la série, était-il crédible ? Sans aucunement dénigrer sa carrière cinématographique, il faut admettre que son registre de films était bien plus étoffé par les comédies que par les drames. Et bien très franchement, il l’est. Je n’irais pas jusqu’à dire qu’il est transcendant, mais on croit à son personnage, à ses choix, à ses tourments. Bref, il est bon dans la série. C’est d’ailleurs le cas de toute la distribution, il n’y a aucune faute dans leur prestation de bout en bout des deux saisons.
Il faut maintenant parler du personnage de Kad Merad. Philippe Rickwaert, député-maire PS, de gauche précisons-le, de Dunkerque. Ancien métallo, attaché à la gauche, ambitieux, doué et (un peu ?) corrompu. C’est lui le Baron Noir. Ce n’est pas un éléphant du PS car jeune et venant du militantisme, il est d’ailleurs initialement chargé de secouer cette machine vieillissante qu’est le PS. Malheureusement pour lui, suite à une malversation dans un Office HLM de Dunkerque pour financer la campagne présidentielle du PS il devra faire une continuelle fuite en avant pour échapper à la justice.
C’est d’ailleurs la grosse limite de la première saison, on ne voit (presque) que ça. Tandis que dans la saison 2, débarrassés de ce problème, on s’attache à un personnage dont l’ambition est d’arriver à l’Union de la Gauche. Un personnage à la fois moral et immoral, idéaliste et corrompu, un personnage intéressant et complexe. C’est d’ailleurs là pour moi qu’il surpasse Frank Underwood et « House of Cards. »

            Pour finir, en un mot comme en cent, c’est une très bonne série à la production, à la distribution et à la réalisation complètement réussie. C’est une série qui vous rend presque triste de la chute du Parti Socialiste, c’est dire.

[La bande annonce de la saison 1]

[La bande annonce de la saison 2]

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