Review : Rest de Charlotte Gainsbourg

Cinquième album de Charlotte Gainsbourg, « Rest » est sorti le 17 novembre 2017 soit près de 6 ans après son précédent album « Stage Whisper ». Enregistré entièrement à New York, produit en grande partie par SebastiAn, Rest est une énorme vague de fraîcheur dans le paysage musical français et permet à l’artiste de s’offrir la Victoire de la Musique 2018 de l’artiste féminine de l’Année. Une récompense amplement méritée. 

charlotte-gainsbourg-rest-500x500L’album s’ouvre sur le titre « Ring-A-Ring O’Roses » où l’artiste évoque les premières fois : premier enfant, première ivresse, premier amour. Dès le premier titre Charlotte se met à nu et se livre. Le disque sera elle, elle sera le disque.

L’ombre de Serge et de la famille Birkin plane ainsi de façon assumée sur la totalité de l’oeuvre. Cependant, « Rest » a bien plus à offrir que d’être un simple spectre de son père, Charlotte transcendant son héritage pour offrir une composition d’une rare intensité. L’artiste utilise avec brio ses émotions non pas dans un album hommage mais dans un disque revendicateur.

« Rest » est aussi une production schizophrène. Définitivement intimiste, l’œuvre ne manque pourtant pas d’ambition. Il ne s’agit pas uniquement de parler du passé mais aussi et surtout de s’affirmer.

Cette dichotomie est présente tout au long de l’écoute où chansons orchestrales telle que l’entraînante « Deadly Valentine » côtoient la simplicité la plus éloquente ici incarnée par la chanson éponyme « Rest« , titre co-écrit et co-composé par Guy De Homem Christo, plus connu comme étant l’un des deux Daft Punk. « Rest » scinde d’ailleurs le disque et constitue le point d’orgue de cette dualité aussi bien d’un point de vue musical que par la place qu’il occupe dans les plages. Simple balade électronique s’adressant à sa demi-sœur Kate décédée tragiquement en 2013, le titre résonne ici comme un exutoire. La première moitié de l’album est en effet marquée par une tonalité sombre, abordant explicitement le rapport qu’elle entretient avec son père ou sa demi-sœur Kate. La seconde moitié est quant à elle plus lumineuse dans les sonorités, notamment avec le titre « Songbird in a Cage » (composé par Sir Paul McCartney) ou encore l’orchestral « Crocodile« . Charlotte va même jusqu’à rire des personnes enterrées au cimetière Montparnasse (où repose son père) dans « Les Oxalis« .

Musicalement la patte de SebastiAn, producteur de l’album, empreint tout l’album. Les compositions électroniques sont baroques, parfois riches ou minimales, mais surtout profondément « gainsbouriennes » avec l’utilisation récurrente du piano qui viendra rythmer la majeure partie des chansons par des accords lourds rappelant des titres tels que « Mon légionnaire » ou encore « Initial BB » qui ont alimenté la popularité de son père.

La conclusion de l’album se fait par le biais d’un titre caché à la symbolique forte. La chanson qui débute après 30 secondes vides sur la piste « Les Oxalis » met en lumière Jo, sa seconde fille, récitant son alphabet sous une mélodie électro qui met un terme à l’album sur une note résolument positive. Le passé est expié, le futur peut prendre place. L’ombre de Gainsbourg est en réalité une aura.

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Avec « Rest », Charlotte Gainsbourg livre un album autobiographique, émotionnellement riche, sans filtre et qui dans un paysage musical sur-fabriqué, donne une bouffée d’air frais d’une rare sincérité.

Rest comme tu es Charlotte.

[Vous pouvez écouter l’album ici]

 

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