article 1 (ou la difficulté de trouver un sujet)

« Mange donc, lui dit le chamelier. Venaient ensuite les nouvelles du bord qui sont des plus répandues. Tâchez de ne pas déranger, et aussi pour les choses qui lui semblaient douteuses, et prenant ses petites mains oh ! Brigadier, laisse-nous entrer là-dessous, à deux pas, j’en ferai ! Pendant près de quinze jours avant les terribles événements qu’il croyait tenir la vérité. »

C’est par ces mots simples que commencent le roman de … Non, soyons sincère, comment écrire un article, trouver un sujet qui ait du sens, un sujet sur lequel sensibiliser… C’est dans cet esprit d’incertitude que je commence la rédaction de cet article. Je commence par ouvrir un moteur de recherche, bon je suis sur Google, j’aimerai bien en avoir un autre genre Ecosia, où l’on plante des arbres, ou un autre moins « Big Brother », mais je reste sur Google… Fausses habitudes, peur de ne pas trouver ce que l’on recherche, peur de passer à côté de quelque chose ? Je me rends surtout compte que mes trajets sur internet sont répétitif et peu originaux. Je me rends souvent sur les mêmes sites, sur un terrain connu. Mais aujourd’hui pour trouver un sujet j’ai besoin de partir en exploration. Je tape donc « simulateur de sujet », je tombe uniquement sur des sujets de bac. L’idée de faire un sujet de bac au hasard m’effleure l’esprit, mais il s’enfuit rapidement, je décide de rajouter le terme « aléatoire » à ma recherche. Ce mot d’incertitude peut apporter plus de précision à ma quête.

Premier site « Eurekaaa.fr » (avec trois a), on me propose de lancer un dé qui nous propose un mot, une expression ou une phrase complexe dans le but de faire un dessin. Concept intéressant. Je lance le dé. Le sujet s’affiche : « Un graffeur rêveur sort avec un chevalier Jedi dans une arène ». Interloqué, j’essaye désespérément pendant 5 minutes de me représenter la scène, un échec. Je crois que c’est le mot rêveur qui bloque… Ravi par le concept, mais toujours pas avancé dans ma recherche de sujet, je quitte le site en n’oubliant pas, avant de quitter la page, de relancer le dé : « Un rapace rougeoyant attend le métro avec un caméléon dans la brume. »

Deuxième site que j’espère plus productif, je rentre sur « Enneagon.org ». Le site me propose de choisir la taille du texte que je veux produire, je choisis deux lignes et je lance la recherche. Un pavé apparaît, je le lis, il a l’air convaincant, un peu style XIXe avec quelques fautes d’orthographe. Je tiens un simulateur de texte de littérature. Le rêve d’André Breton en prend un coup, ce n’est pas de l’écriture automatique, mais de l’écriture automatisé. « Le texte généré est constitué de phrases dont les mots sont sélectionnés aléatoirement. Le tirage suit la répartition statistique d’un référentiel textuel en langue française, selon le principe des chaînes de Markov. En clair : le générateur ne sait pas ce qu’il dit, il n’y a aucune règle sémantique dans le moteur. » indique un petit encadré sous le texte. Il fera un très bon début pour mon article.

Je me demande si mon article entier pourrait être écrit selon une sélection de mots issus d’une répartition statistique d’un référentiel textuel. De quoi parlerait cet article ? Se ferait-il l’écho des préoccupations des français en utilisant les mots qu’ils utilisent le plus ? Quelles sont les mots les plus utilisés par les français ? Tant de réponses que je pourrais trouver facilement sur internet ! Mais un doute survient, les vrais problèmes sont-ils toujours ceux dont l’on parle le plus ? Si le sujet est complexe, on préfère l’abandonner à ceux qui savent mieux que nous, nous contentant de reprendre dans le débat public des termes et des idées d’un débat prémâché. La complexité est l’ennemi du débat public, il faut deux camps clairement définis dans lequel l’individu peut se placer. Il se reconnait dans un camp, il place son identité et donne à l’autre camp, la figure de l’Autre, le repoussoir, donnant les adjectifs de tout ce qu’il n’est pas. Réfléchir à la personne qui semble être la plus éloigné de nous, peut-être dans notre société une définition en négatif de nous-même. Les mots les plus utilisés parlent-ils plus de nous ou des autres ? Sommes-nous plus omnibulés par ce portrait en négatif ou par ce que nous sommes nous-même ? Dans une vision manichéenne, passons nous plus de temps à construire notre point de vue ou à détruire celui de l’autre ?

Finalement ce logiciel qui parodie la littérature en sait peut-être plus qu’il ne le prétend. Il nous offre un reflet de notre existence en utilisant nos mots. Dnas un mdone où vuos airrevz à lrie ctete pahsre, l’odrre des mtos a-t-il un snes ? Peut-être plus que jamais.
Dans un monde où l’on peut apporter l’information de manière automatisé, à quoi cela sert d’écrire un article dans un journal ? Vestige d’une pratique obsolète ? Tentative de reconstitution nostalgique d’un moyen d’expression qui a façonné le siècle dernier ? Nostalgie du papier qui bruisse sous la main ? Cela amène une réflexion sur le fait d’écrire : pourquoi écrire, pourquoi lire ce qu’écrit l’autre ? Pourquoi partager ces écrits ?

Rire, pleurer, être surpris, aimer, détester, réfléchir, comprendre, partager un point de vue… La liste est longue des raisons qui peuvent pousser une personne à lire un texte. La presse informative peut bien s’automatiser, on ne lit pas un article que pour avoir une information. Le texte de l’article est un moyen pour agencer les mots dans un certain ordre, pour qu’ils forment une mélodie chatoyante ou pas du tout chatoyante. Je n’ai aucune idée de ce que veut dire chatoyante, je ne l’ai choisi que pour son originalité, pour ce qu’il évoque non dans sa définition mais en tant que mot. Finalement, je n’ai pas trouvé de sujet, je veux juste écrire comme Flaubert : « Ce qui me semble beau, ce que je voudrais faire, c’est un livre sur rien, un livre sans attache extérieure, qui se tiendrait de lui-même par la force interne de son style. (…) Les œuvres les plus belles sont celles où il y a le moins de matière. C’est pour cela qu’il n’y a ni beaux ni vilains sujets et qu’on pourrait presque établir qu’il y en a aucun, le style étant à lui seul une manière absolue de voir les choses. ».

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